Apollonius de Tyane

Loge maçonnique à Genève

Grand Orient de Suisse

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Livre du Maître

 

 


 

 

Sommaire

 

 

 

 

 

     

Questions

 

  1. Etes-vous Maître Franc-Maçon?

  2. A quoi reconnaîtrai-je que vous êtes Maître Franc-Maçon?

  3. Que signifie la parole de Maître M.B.?

  4. Quel est le mot de passe des Maîtres?

  5. Que cherchez-vous dans la Chambre du milieu?

  6. Quel est le nombre des points de l'attouchement parfait du Maître?

  7. Quelles sont les vertus que doit posséder un Maître?

  8. Pourquoi vous fîtes-vous élever à la Maîtrise?

  9. Où avez-vous été élevé à la Maîtrise?

  1. Comment fûtes-vous admis en loge de Maîtres?

  2. Pourquoi fûtes-vous introduit dans le Temple en T... le D... à l'Orient?

  3. Qu'avez-vous vu dans la loge de Maîtres?

  4. Quelle est la signification allégorique de la légende d'Hiram?

  5. Quelle est la promesse solennelle des Maîtres?

  6. Quels sont les outils des Maîtres?

  7. Comment frappent les Maîtres?

  8. Que signifient les trois pas du Maître?

  9. Quel âge avez-vous en tant que Maître?

 

 


Réponses

 

  1. Etes-vous Maître Franc-Maçon?

Je le suis; l'acacia m'est connu.

Déjà le Compagnon affirmait avec assurance sa qualité de Maçon; le Maître fait preuve, dans sa réponse, de non moins de confiance en lui-même. Il sait que seuls les Frères du même grade sont qualifiés pour le juger; et comme il a obtenu le grade suprême, la fermeté de sa réponse se trouve justifiée. Mais afin de se distinguer de ses Frères Compagnons et Apprentis, le Maître donne d'emblée une preuve de ses connaissances plus étendues en affirmant que l'acacia lui est connu. Or, seuls les Maîtres en connaissent le symbolisme et par conséquent, sont initiés à la légende d'Hiram.

A l'origine, ce symbole était étranger à la Franc-Maçonnerie; il est difficile de dire aujourd'hui comment il y fut introduit. Il semble cependant certain que la dénomination primitive était "cassia" (vulgairement appelé acacia de Farnèse ou casse) et que ce n'est que plus tard que ce mot se transforma pour devenir acacia.

Sans doute, celui qui donne correctement cette réponse se fera-t-il reconnaître Maître Franc-Maçon, du moins au point de vue formel; mais cela ne signifie pas que celui qui s'est justifié de la sorte soit effectivement un Maître de l'Art Royal. Or, au point de vue moral, c'est cela qui importe avant tout. Il ne suffit pas qu'un Maître possède les signes, paroles et attouchements et les autres moyens de se faire reconnaître; il faut que son esprit, que ses actes le fassent apparaître comme un Maître aux yeux des Apprentis, des Compagnons et des autres Maîtres; et grâce à ses connaissances et à son activité maçonnique, il gagnera leur estime et leur amour fraternel. Il doit se donner en exemple à tous par la haute notion qu'il a du devoir, afin que tous aussi puis dire de lui: En vérité, voici un Maître.

 

  1. A quoi reconnaîtrai-je que vous êtes Maître Franc-Maçon?

A mes signes, paroles et attouchements ainsi qu'au récit des circonstances particulières de mon élévation.

Que signifie le signe de Maître?

Il se rapporte à l'obligation.

Comme dans les grades précédents, l'on exige de celui qui se veut faire reconnaître Maître, la connaissance d'un signe, de paroles et d'attouchements particuliers à ce grade; de la sorte se mettra-t-on à l'abri des imposteurs.

Tandis que les autres Grandes Loges connaissent plusieurs signes de Maître, nous n'en pratiquons qu'un seul: c'est celui qui présente une certaine analogie avec ceux des grades de Compagnon et d'Apprenti. Avant tout, il nous rappelle les promesses solennelles que nous avons prêtées ainsi que les devoirs que nous avons librement assumés.

Le signe, comme celui des grades précédents, nous fera songer à la loi de l'équerre qui, dans les trois grades, doit diriger nos actions; son mouvement rappelle le châtiment dont l'ancien serment de la maîtrise menaçait les parjures et les traîtres, châtiment qui consistait. à avoir le corps tranché et les entrailles arrachées, brûlées et jetées à tous vents. Mais bien que nous ne prononcions plus ce serment, il demeure de notre devoir de prendre très au sérieux notre obligation; notre conscience, de même que le jugement de nos Frères et des hommes en général, sera la source de notre châtiment, si nous manquons à notre parole.

Le mot de Maître, l'attouchement ainsi que les circonstances particulières de la réception feront l'objet des paragraphes suivants.

 

  1. Que signifie la parole de Maître M. B.?

Il vit dans le fils.

Selon la légende maçonnique, notamment celle d'Hiram, l'ancienne parole de Maître aurait été perdue en ce sens que l'on craignit qu'elle eût été trahie; c'est pourquoi l'on convint d'une nouvelle parole qui serait tirée des premiers mots prononcés lors de la découverte du corps du maître assassiné. L'ancienne parole n'était pas susceptible d'être prononcée; on ne pouvait que l'écrire. Ce qui donc avait été perdu, et cela dès avant la mort d'Hiram, c'est l'énonciation du mot, du nom de Dieu que les Juifs appelaient Jéhovah ou Jahwé.

Quant à la parole M.B., sa signification n'est pas certaine; on lui donne plusieurs interprétations dont voici les principales:

La chair quitte les os.

Pourri jusqu'à la moelle.

L'interprétation la plus récente est: Le fils du maître mort ou encore: Il vit dans le fils.

A l'origine, le mot de Maître était M.h.b.n. ; celui-ci est en usage encore actuellement dans beaucoup de Loges, notamment dans les pays anglo-saxons. Au point de vue historique, le mot de Maître est de date assez récente. Selon d'aucun, M.h.b.n. dériverait des mots irlandais "macha" et "bon", signifiant "Bataille" et "Fin", ce qui donne à la parole de Maître le sens de "La fin de la bataille ". La similitude avec le mot anglais "bonne" (os) a donné lieu à l'une des interprétations mentionnées plus haut.

D'autre part, le mot M. B., qui est en usage chez nous serait d'origine irlandaise; M. signifierait "fils", B, se traduirait par "mort", de telle sorte que la traduction de la parole complète serait "le fils du mort". L'étymologie la plus vraisemblable est cependant celle qui fait dériver M. B. des mots hébreux "makhah" et "boneh " , dont le sens est "un architecte a été tué". Une autre étymologie irlandaise est fondée sur les mots M. (fils) B. beanag (veuve), ce qui donne la formule bien connue de "fils de la veuve".

Quoi qu'il en soit de ces explications, l'interprétation "Il vit dans le fils" semble renfermer le sens le plus profond. Quel que soit notre point de vue sur la question de l'immortalité, il demeure certain que le Maçon se perpétue dans ses fils, qu'il ressuscite dans leur personne. Nous savons que nos enfants viennent au monde avec des prédispositions héritées de nous et qui, fort souvent, agissent d'une manière décisive - favorablement ou défavorablement - sur leur destinée. En outre l'éducation, et avant tout l'exemple que nous leur donnons, déterminent dans une mesure sensible leur avenir. C'est par là que nous avons la faculté de les influencer d'une façon effective, de préparer jusqu'à un certain point leur avenir; c'est par là que nous pouvons en faire les continuateurs de l'œuvre que nous avons entreprise nous-même. Ainsi pourrons-nous leur aplanir la route, les mettre sur la voie qui conduit à la lumière et qu'ils sauront suivre même quand nous ne serons plus là pour les guider.

En vérité, c'est par nos enfants que nous sommes immortels. Si par son symbolisme saisissant le grade de Maître nous rappelle la mort et la fragilité de tout ce qui est, la parole de Maître nous donne aussitôt la plus pure des consolations. Même ceux à qui la vie n'a pas accordé de descendance peuvent participer à cette continuité de la vie spirituelle en faisant bénéficier de nos idées et surtout de notre exemple les hommes qui les entourent. Tel nous apparaît le sens si profond qui se cache dans la parole du Maître.

 

  1. Quel est le mot de passe des Maîtres?

T ........  Il désigne le passage du second au troisième degré.

T......  est le nom de l'inventeur des premiers outils perfectionnés qui servirent à la construction du temple de Salomon. Assurément la qualité du travail dépend dans une grande mesure de celle des outils. Sans eux, nos ancêtres, les maçons opératifs, n'eussent jamais pu édifier les temples magnifiques et les dômes qui font aujourd'hui notre admiration. Que T......, en réalité, ait été véritablement le premier inventeur d'outils, cela n'a pour nous guère d'importance; sa personne historique ou légendaire, symbolise à nos yeux l'esprit créateur du travail auquel nous rendons hommage.

La réponse à cette question nous apprend que ce nom signifie le passage du second au troisième degré. Comment devons nous comprendre cela ? A vrai dire, cette réponse n'a aucun rapport direct avec la personne de T......, c'est tout simplement le mot de passe qui servait à obtenir le passage d'un grade à l'autre.

 

  1. Que cherchez-vous dans la Chambre du milieu?

 La parole perdue.

Par la mort d'Hiram, l'ancienne parole de Maître fut perdue en ce sens que les Maîtres qui la connaissaient encore se virent obliger de l'abandonner, ne sachant pas si elle avait été trahie. Selon la légende, la parole ne pouvait se donner qu'en présence de trois Maîtres. Le Maître Franc-Maçon d'aujourd'hui ne connaît donc plus cette ancienne parole. Or, celle-ci n'était pas uniquement un moyen de légitimation; elle jouait en outre le rôle de ce troisième anneau dont il est question dans le Nathan de Lessing; elle possédait le mystérieux pouvoir de faire de tous les initiés des amis et des frères et de leur dispenser le bonheur. Elle préservait le cercle des initiés de toute discorde et permettait l'entente de tous, quelle que fussent leur conceptions et leurs croyances. Or, cette parole fut perdue pour la Franc-Maçonnerie et pour l'humanité. Les maîtres de l'œuvre ne se reconnaissent plus. Partout règnent l'inimitié, le dogmatisme, l'intolérance. L'étoile flamboyante de la raison, de l'espérance et de l'amour semble s'être éteinte, et l'humanité est plongée dans les ténèbres de l'ignorance et de l'erreur.

Soucieux et désespérés, nous allons à la recherche de cette parole perdue qui doit nous apporter la délivrance, la paix, la solidarité, la tolérance, la lumière et nous sauver du chaos dans lequel le monde se trouve précipité. Seul le Maître Maçon en connaît la mystérieuse vertu; aussi la recherche-t-il sans relâche. La trouvera-t-il ? En vérité, elle est si près de nous que chacun devrait pouvoir la découvrir; elle repose au fond du cœur de tout Maçon, mais la mesquinerie, l'égoïsme, l'envie, l'orgueil, la vanité la recouvrent. Il importe donc de nous débarrasser de ces imperfections et de redoubler de zèle dans notre recherche; alors le jour viendra où nous retrouverons la parole de la délivrance.

 

  1. Quel est le nombre des points de l'attouchement parfait du Maître?

Cinq: M. dans la M. , P. contre P., G. contre G. , P. contre P.  et la M. g. a. d. l. n. du F.

Quelle en est la signification?

Amitié et concorde; promptitude à secourir mon Frère; volonté d'intercéder pour lui; sincérité et compassion; désir de le préserver de toute chute.

Il y a lieu de distinguer ici l'attouchement parfait de Maître de l'attouchement simple servant de moyen de reconnaissance. C'est par cet attouchement que le Maître saisit le Compagnon qu'il s'apprête à élever à la maîtrise; la plus sûre, la plus solide poignée de main qui soit. A lui seul, ce geste est déjà le symbole de l'union fraternelle intime qui règne entre Maîtres et de la fidélité, de la promptitude au secours qui les anime, lorsqu'il s'agit de préserver un Frère de la chute ou de le relever quand il est tombé. Cet attouchement s'accompagne de la batterie du grade dont il sera question plus loin.

L'attouchement parfait, dont il s'agit ici, représente la façon dont le maître assassiné fut relevé; et c'est de cette manière que, dans les différentes Loges, les futurs Maîtres, personnifiant Hiram assassiné, sont élevés à la maîtrise. La plupart des Loges suisses ont conservé la représentation dramatique de la mort et de la résurrection d'Hiram; la parole de Maître M. B. est communiquée simultanément avec l'attouchement parfait. Pour cette raison, certains rituels complètent la formule ci-dessus par "B. c. O." placés après P. contre P.

Nous ne pouvons naturellement pas donner ici de plus amples détails au sujet de l'exécution de cet acte rituel. Comme tous les symboles, cet attouchement complexe a un sens profond auquel il a été fait allusion plus haut. "M. dans la M",  cette partie a été interprétée à propos de la simple griffe des Maîtres. "P. contre P.", nous rappelle notre devoir de ne pas hésiter à courir au secours des hommes, de nos Frères avant tout, lorsqu'ils ont en besoin. Bien souvent, et dans les circonstances les plus diverses, la vie nous offre l'occasion d'exercer cette vertu de l'entraide fraternelle qui doit être l'un des plus beaux ornements du Franc-maçon et surtout du Maître.  

Mais dans ce domaine il importe de faire preuve de beaucoup de tact et de deviner des détresses qui, plutôt que de solliciter des secours, se cachent avec pudeur; c'est de notre propre chef que nous devons alors intervenir, parfois même contre la volonté de celui que nous secourons. L'amour fraternel et l'amitié qui trouvent une expression si éloquente dans la poignée des Maîtres, doit être autre chose qu'un idéal; nous devons en faire une réalité. Ceux qui ont été l'objet d'actes de dévouement fraternel ou qui ont eu l'occasion de se dévouer eux-mêmes pour l'un de leurs Frères, ceux-là connaissent le prix de l'amitié; ils apprécient le réconfort d'une parole ou d'une main tendue.  

De l'amitié sont nés les actes héroïques qui ont inspiré les poètes de tous les temps; et l'amour fraternel poussé jusqu'à l'oubli de soi, jusqu'au sacrifice, est la plus haute vertu dont nous puissions nous enorgueillir: elle nous donne la plus pure des satisfactions.

Cette amitié que le monde profane considère comme une rare vertu, comme une qualité exceptionnelle, elle doit être pour le Franc-Maçon, naturelle et spontanée; si bien que, lorsque nous venons en aide à l'un des nôtres, aucune considération de sympathie personnelle ne doit guider notre action: chaque Frère, voire toute la chaîne fraternelle, doit prendre part à cette oeuvre d'amour, afin que nul d'entre nous puisse jamais dire: Mes Frères m'ont abandonné. "P. contre P.", c'est ainsi que les Frères doivent se tenir étroitement unis, lutter ensemble, vaincre ou succomber ensemble, liés dans le bonheur comme dans l'adversité.

"G. contre G.",  cela encore illustre l'union intime que nous devons faire régner parmi nous. Lorsqu'un Maçon est en butte à des attaques, ses Frères doivent être pour lui des défenseurs prêts à intercéder pour lui. Lorsque la discorde règne entre deux Frères ou que des malentendus les divisent, leurs Frères interviendront en toute amitié, cherchant à les concilier, à les apaiser, exhortant les parties adverses à la clémence et à la tolérance. Maintenir la paix et l'harmonie, rétablir la concorde, telle est la grande et belle tâche des Maîtres.

"P. contre P." exprime plus éloquemment encore l'union étroite des cœurs dans la joie et dans la douleur. Lorsqu'un Frère a enfreint les principes de la Maçonnerie, il est du devoir de ses Frères de ne pas le condamner à la légère, mais de chercher à le ramener sur la bonne voie, car le Maçon, malgré l'amitié qui volontiers le porte aux éloges, doit savoir blâmer à son heure: non point dans l'emportement de la colère ou avec mépris, ni par des paroles offensantes, mais dans un esprit de conciliation, d'amitié, de compréhension; ainsi obtiendra-t-il plus aisément ce qu'il poursuit.

Enfin, "l. m. g. a. d. l. n. d. F.", voilà qui nous rappelle notre devoir de prévenir la chute de notre Frère et de ne pas attendre qu'il soit tombé pour lui venir en aide. Le bras solide de l'amitié doit soutenir ceux que les forces abandonnent et qui ne peuvent plus se tenir seuls debout.

Mais que ferons-nous, lorsqu'un de nos Frères est tombé ? Lui jetterons-nous la première pierre ? L'abandonnerons-nous, plein de suffisance ? Non point ! Aussi longtemps que l'œuvre de sauvetage est entre nos mains, aussi longtemps qu'une lueur d'espoir persiste, nous serons à ses cotés, qu'il s'agisse de détresse physique, morale ou matérielle. C'est dans ces douloureuses éventualités que les cinq p. de la maîtrise feront leurs preuves et révéleront leur puissance miraculeuse.

Il y a lieu de mentionner ici le grand signe de détresse qui, dans certaines loges, est communiqué dès l'initiation au premier grade; sa profonde signification n'apparaît cependant dans toute sa clarté qu'aux Maîtres. Ce n'est que dans la plus complète détresse, ce n'est que dans un danger mortel que nous devons faire usage de ce signe pour appeler à l'aide des Enfants de la Veuve; aussi celui qui aperçoit ce signe est-il tenu de la façon la plus absolue de répondre à cet appel.

Mais ce n'est pas uniquement le Franc-Maçon qui a droit à notre aide; nous devons répondre également aux signes de détresse de tous les hommes, quels qu'ils soient. Et chaque fois que nous sommes en état d'éviter à autrui chagrins, détresse ou châtiments, nous nous souviendrons que tout homme est notre frère et que cette parenté humaine lui donne le droit d'en appeler à notre compassion et de solliciter notre secours.

 

  1. Quelles sont les vertus que doit posséder un Maître?

La pureté du cœur, la vérité de la parole, la prudence dans les actions, le calme dans l'adversité et un zèle constant dans l'accomplissement du bien.

Par quoi le Maître doit-il donc se distinguer des compagnons et des apprentis ? 

Par la dignité et la perfection de son action.

Par la réponse à cette dernière question, nous saurons si le Maître Franc-Maçon a compris les devoirs qui lui incombent ou s'il n'est Maître que de nom. Ses obligations sont si claires, si impérieuses qu'il ne reste pas grand'chose à ajouter: les principes qui se trouvent énoncés dans cette formule contiennent véritablement l'essence même de l'homme moral et du Franc-Maçon.

Ces devoirs, nous les avons rencontrés déjà au grade de Compagnon où ils nous ont été révélés par le symbolisme de l'Étoile flamboyante et de la lettre G. Ce que nous attendons des Apprentis et des Compagnons, à plus forte raison l'exigeons-nous des Maîtres. C'est à ceux-ci que les plus grands efforts sont demandés, c'est à leur oeuvre que les mesures les plus sévères seront appliquées, par cela même qu'ils sont appelés Maîtres. A eux de se servir avec maîtrise de nos outils: de l'équerre et du compas, du niveau et du fil à plomb, du ciseau et du maillet, afin d'en enseigner le maniement à leurs jeunes Frères.

Certes, nous savons que la perfection n'est pas de ce monde et que nul n'est exempt de défauts; aussi n'exigerons-nous point du Maître qu'il soit la perfection personnifiée; mais nous attendons de lui qu'il s'en rapproche plus encore que l'Apprenti et le Compagnon et nous sommes prêts à reconnaître sa bonne volonté et à apprécier les efforts qu'il fait dans ce but. La vie sociale et les circonstances limitent étroitement le cercle dans lequel s'exercent la volonté et l'action des hommes; mais notre désir sincère est d'aller de l'avant, sur la route du perfectionnement et du progrès, dans la mesure où nos facultés intérieures et les circonstances extérieures nous le permettent.

 

  1. Pourquoi vous fîtes-vous élever à la Maîtrise?

Parce que je désirais obtenir la lumière la plus parfaite en Maçonnerie.

Déjà l'Apprenti a reçu la lumière; dans son éblouissement, il n'en pouvait mesurer exactement la portée. Le Compagnon s'y est déjà mieux adapté; habile à travailler dans sa clarté, il demande une lumière plus vive encore. Le Maître, lui, réclame " la lumière la plus parfaite ". Conscient de n'en avoir pas sondé les derniers arcanes, il demande à connaître le dernier mot de la sagesse. La lumière qu'il a reçue jusqu'à présent ne lui permettait que de contempler la vie; or, il veut maintenant contempler la mort et les secrets qu'elle garde.

Apprenti et Compagnon, on lui a enseigné à rechercher sans relâche la vérité. Dans ce dessein, il a étudié les sciences et les arts, se servant judicieusement de ses cinq sens; or, le voici arrivé à un point qui lui semble être le terme de sa course, et la lumière se dérobe à son regard. Ainsi naît en lui le désir de recevoir une lumière plus parfaite encore; son élévation à la maîtrise lui donnera ce qu'il désire avec tant d'ardeur. Grâce à la légende d'Hiram, il apprend quels rapports mystérieux lient la vie à la mort et à l'immortalité. De nouveau, ce sont des symboles qui parlent à sa sensibilité; et chacun demeure libre de les interpréter selon la forme particulière de son esprit. Le Franc-Maçon désire sans cesse une lumière plus vive, aussi bien pour soi-même que pour autrui. Une lumière plus vive pour le bien de l'humanité, la délivrance de l'erreur, de la superstition, des préjugés, de l'intolérance: voilà les vœux ardents que la maîtrise comblera.

 

  1. Où avez-vous été élevé à la Maîtrise?

Dans la Chambre du Milieu

Comment y êtes-vous parvenu?

En gravissant les sept dernières marches de l'escalier mystique.

Dans le Temple de Salomon, la chambre du milieu contenait le Tabernacle dans lequel était conservé la Loi. Trois, plus cinq, plus sept marches y conduisaient, ainsi que nous l'avons vu précédemment. Dans les Loges de maçons et de tailleurs de pierre, la maîtrise ne pouvait être obtenue qu'après sept ans de travail. L'Apprenti a gravi trois marches, le Compagnon, cinq; le Maître, après avoir gravi les sept marches, se trouve enfin devant le trône de la Sagesse suprême et le Symbole du G. A. d. l'U.

Quelle est la signification de ces sept marches ? Elles représentent avant tout les sept divisions de la vie humaine: naissance, enfance, adolescence, virilité, maturité,  vieillesse et mort. Le Maître nouvellement consacré doit avoir acquis la juste compréhension des expériences de sa vie ainsi que de celle d'autrui; et c'est cette compréhension qui lui donne le droit de sonder les derniers arcanes. Compagnon, il n'avait connu que les cinq premières parties de l'existence; devenu Maître, il comprendra désormais tout le sens de la vieillesse, de ses défaillances, de ses faiblesses, et de ses renoncements; il comprendra celui de la mort qui clôt, inéluctable, le cycle de la vie.

Les sept marches sont également une allégorie des sept vertus cardinales dans lesquelles le Maître doit s'exercer et des sept péchés capitaux dont il doit se garder. De même, sept sciences et arts sont les fondements du savoir d'un Maître: la grammaire, la géométrie, les mathématiques, l'astronomie, la logique, la musique et la rhétorique.

L'idée de l'ascension vers un état de perfection toujours plus grande est exprimée par le symbolisme de l'escalier mystique qui, dans les rites de certains systèmes maçonniques, doit être effectivement gravi au cours de l'initiation; et cette ascension ne s'accomplit qu'au prix de la victoire sur maints obstacles et élans répétés. Ainsi que les marches forment une série ininterrompue de petites ascensions, de même notre vie doit évoluer dans le sens du progrès moral, jusqu'à ce que nous nous soyons rapprochés au plus près de la perfection. Mais cet idéal, nous savons qu'il n'est point en notre pouvoir de l'atteindre.

La solution des dernières énigmes ne nous sera jamais donnée; les vérités qui s'offrent à nous sont limitées; tout ce que notre persévérance obtient, ce sont des facultés d'interprétation. Seule notre recherche de la vérité est illimitée; et dans la Chambre du Milieu nous prenons conscience de notre impuissance à connaître les objets qui échappent à nos moyens de perception et de connaissance. Là, nous apprenons qu'il n'existe pas de vérité absolue pour l'entendement humain, puisque l'homme est incapable de la contempler dans sa pureté. Même au terme de sa course, il se trouve devant l'image voilée de la vérité dont seuls quelques contours estompés lui apparaissent à travers la brume de son ignorance, vérité que pressent son âme. Cette expérience nous rendra modestes et humbles devant les grands mystères de la vie; mais en même temps, elle nous accordera maintes joies et maintes satisfactions, puisque la vérité revêt des aspects multiples et variables selon notre puissance de vision et de compréhension.

D'autre part, la connaissance de notre ignorance nous conduira à la tolérance, cette vertu suprême qui doit nous distinguer; que chacun se représente l'image de la vérité selon ses conceptions, selon son cœur et son esprit. Ce qui importe, ce n'est pas la longueur du chemin parcouru dans la voie de la connaissance, mais bien la manière dont ce chemin a été suivi, non pas par un cheminement las, sans but et sans foi, mais par une joyeuse ascension faite de courageuse recherche.

 

  1. Comment fûtes-vous admis en loge de Maîtres ?

En frappant en Compagnon et après avoir été dûment examiné.

L'examen et la préparation des Compagnons avant leur élévation à la maîtrise se pratique différemment suivant les Loges. Souvent l'examen a lieu quelque temps auparavant; ailleurs, il se fait au seuil du temple; dans d'autres ateliers, les candidats sont tenus de présenter un travail écrit sur une question maçonnique. Dans tous les cas, le Compagnon doit apporter la preuve de ses connaissances maçonniques, notamment des instructions de son grade. Trop souvent, on ne se soucie pas assez de contrôler ces connaissances; et cela est regrettable, car l'histoire, le symbolisme et les systèmes de la Franc-Maçonnerie sont au Maçon ce qu'est la table de multiplication au mathématicien.

La batterie de Compagnon, par laquelle le candidat demande l'accès de la Chambre du Milieu, est en quelque sorte le témoignage du succès de l'examen qui l'a rendu digne de frapper à la porte des Maîtres. De nouveau, le candidat se présente accompagné d'un Frère Maître qui l'invite à frapper à la porte en Compagnon.

Tel est l'examen extérieur. Mais il en est un autre que tout candidat doit s'imposer à soi-même: un examen de conscience qui lui dira s'il est digne d'accéder à la maîtrise, s'il a suivi fidèlement  les instructions qui lui ont été données, s'il s'est toujours efforcé de devenir un homme et un Frère meilleur. Bien souvent, sa conscience lui adressera quelques reproches; et selon la sévérité des consciences, cet examen aura des résultats fort différents.

Il est en effet moins rare qu'on ne le croirait de voir des Compagnons, que la Chambre du Milieu a pourtant jugés aptes à devenir Maîtres, ne se sentir eux-mêmes pas encore dignes de cet avancement, mais en général, c'est plutôt par excès d'indulgence que l'on pèche, même dans l'appréciation des vertus maçonniques ! Jamais on ne devrait recevoir Maître, un Compagnon qui n'a pas été assidu aux travaux de la Loge, qui a enfreint les lois de l'esprit fraternel ou qui vit en état de discorde avec l'un de ses Frères. Seul le Franc-maçon capable de se vaincre soi-même doit avoir le droit de se dire Maître, car ce grade doit se composer uniquement de véritables Maçons, d'hommes forts de leur conviction et prêts à la défendre.

Celui qui, un jour, veut commander, doit montrer que préalablement il a appris à obéir. Il faut que son savoir ne soit pas purement livresque, mais qu'il apparaisse comme le produit d'un travail intérieur, d'une profonde évolution intellectuelle, d'une expérience justement comprise. Si ces principes ne sont pas observés scrupuleusement, le grade de Maître perdra sa dignité et cessera de remplir son but qui est le couronnement de l'alliance fraternelle.

 

  1. Pourquoi fûtes-vous introduit dans le Temple en T... le D... à l'Orient ?

Afin de revoir mon passé.

L'usage d'introduire en Loge les futurs Maîtres de cette manière particulière est propre à la plupart des systèmes maçonniques. Dans certaines Loges, l'introduction se pratique cependant autrement: après l'entrée exécutée selon le mode habituel, les candidats sont invités à se retourner et à diriger leur regards vers la porte du temple. Cet usage, ainsi que le dit la réponse, doit porter les futurs Maîtres à contempler leur vie passée à songer à leurs fautes et à leurs erreurs.

Cette méditation doit les stimuler à réparer, pour autant que cela soit encore faisable, les manquements qu'ils auraient à se reprocher. D'autre part, cette introduction particulière des Compagnons a pour but de les inviter à ne jamais oublier d'où ils viennent: car un jour ils retourneront au point où ils ont commencé leur route.  

Enfin, cet usage s'apparente à celui qui veut qu'au premier grade les néophytes aient les yeux couverts d'un bandeau; et comme les candidats à la maîtrise sont généralement conduits de manière que leurs yeux contemplent toujours les parois de la Loge, le centre de celle-ci leur demeure caché et leur attention se concentre sur les symboles placés sur les murs.

 

  1. Qu'avez-vous vu dans la loge de Maîtres?

Des emblèmes de la mort et une branche d'acacia.

 Que vous a-t-on raconté en cette circonstance? 

La légende du Maître Hiram Abif.

La cérémonie centrale de l'élévation à la maîtrise s'accomplit d'une manière assez différente suivant les Loges. Tantôt elle est précédée d'un, de trois ou de sept voyages; tantôt elle n'en comporte aucun. Généralement, un cercueil se trouve à la place du tapis;  ailleurs, on y voit une plaque funéraire. D'autres symboles de la mort ornent la Loge: un crâne et des tibias entrecroisés. L'Atelier est tendu de noir, souvent les tentures sont parsemées de larmes blanches; tout cet ensemble prête au lieu une atmosphère de solennité et de recueillement. On n'aperçoit qu'un seul symbole de la vie, une verdoyante branche d'acacia. Partout le rituel est fondé sur la légende d'Hiram, base même du grade de Maître, qui est racontée aux initiables.

En réalité cette légende débute au grade d'Apprenti ou cependant son rôle n'est pas apparent. Le roi Salomon avait confié à Hiram Abif la direction de la construction du temple. Selon la Bible, ce personnage, habile dans le travail des métaux, était le fils d'une veuve; son souverain, le roi Hiram de Tyr, le mit à la disposition de Salomon qui, appréciant ses multiples connaissances techniques, le chargea de surveiller la construction du temple.

Hiram Abif organisa donc - et il fut le premier à le faire -  les ouvriers, les groupa en trois grades selon leurs capacités et établit leurs salaires d'après ces grades. Chacun d'eux avait ses propres signes de reconnaissance au moyen desquels les ouvriers se légitimaient à l'heure du paiement des salaires. Les apprentis touchaient leur dû au pied de la colonne J. Les compagnons au pied de la colonne B. ; les maîtres enfin recevaient le leur dans la Chambre du Milieu.

Mais il arriva bientôt que certains ouvriers des deux. grades inférieurs devinrent envieux des salaires plus élevés que touchaient les maîtres; aussi, trois compagnons mécontents tentèrent-ils un jour de se procurer la parole de maître afin de recevoir le salaire non mérité correspondant à ce grade. Ils s'attaquent au Maître Hiram qui, vaillamment, refuse de leur livrer le secret. Alors l'un des compagnons, posté à la porte de l'est, de sa règle le frappe au cou. Hiram chancelle, mais persiste dans son refus. Il cherche à s'enfuir, mais à la porte du sud, le second des compagnons lui demande la parole et ne l'ayant pas davantage obtenue, lui porte un violent coup d'équerre à la poitrine. Gravement frappé, Hiram se traîne à la porte de l'ouest où le troisième compagnon, après lui avoir vainement réclamé le mot, l'abat d'un coup de maillet au front. Hiram tombe mort et la frayeur s'empare des meurtriers qui cherchent à faire disparaître le cadavre du Maître assassiné. Tout d'abord, ils le recouvrent des décombres qui jonchent le lieu du crime pour le transporter plus tard en quelque endroit abandonné où ils l'enterrent. Mais lorsque l'on s'aperçoit de l'absence d'Hiram, les soupçons se portent aussitôt sur les trois compagnons qui ont disparu.

Le roi Salomon envoie trois fois trois maîtres à la recherche d' Hiram Abif; après avoir longtemps erré, ceux-ci découvrent la tombe fraîchement creusée sur laquelle les assassins ont placé une branche d'acacia, afin d'en reconnaître aisément l'emplacement lorsqu'ils iraient faire disparaître définitivement le cadavre (selon une autre version de la légende, cette branche d'acacia est placée par les trois maîtres sur la tombe qu'ils ont découverte).

Comme il était à craindre que la parole de maître eût été trahie, le roi ordonna qu'une nouvelle parole fût adoptée, et il fut décidé que les premières paroles prononcées lors de l'exhumation de la dépouille d'Hiram serviraient à cet usage. C'est ainsi que la parole M. B. qui échappa à celui qui avait saisi la main du maître assassiné devint le mot du grade de maître. En vain deux d'entre les maîtres tentèrent-ils de relever le mort au moyen de l'attouchement d'apprenti, puis de compagnon; ce ne fut qu'à l'aide des cinq p. p. de la maîtrise que le mort fut relevé de son tombeau.

Ici se termine la légende d'Hiram telle qu'elle figure dans la Franc-Maçonnerie symbolique.

Au cours de la cérémonie de l'élévation à la maîtrise, cette légende est racontée aux récipiendaires; il est encore aujourd'hui d'usage que le compagnon y représente symboliquement le maître Hiram. Au moyen des trois outils ayant servi au crime, il est abattu et étendu, puis recouvert d'un linceul; et par l'attouchement parfait de Maître, le Vénérable le relève de sa tombe et le ramène à la vie. Cette première forme, la plus ancienne, de l'élévation à la maîtrise, se pratique encore dans de nombreuses Loges; d'autres n'y font allusion qu'accessoirement et ont abandonné la représentation dramatique de la légende.

Ailleurs, l'assassinat est encore représenté allégoriquement, alors que la mise au tombeau ne figure pas au rituel. Dans certains ateliers, la légende, succinctement racontée, ne sert qu'à l'explication de l'origine des signes de connaissance du grade de Maître. Mais bien que la tradition de la mort d'Hiram n'ait été introduite que tardivement dans les usages de la Franc-Maçonnerie, elle en constitue néanmoins un enseignement de très grande valeur et confère au grade de Maître un caractère solennel et profondément émouvant.

Il y a lieu de dire encore quelques mots de l'acacia qui joue un rôle important dans la symbolique du grade et auquel il est fait allusion dès la première question du catéchisme. Nous avons vu qu'il s'agissait primitivement d'un rameau de cassier que les assassins d'Hiram plantèrent sur la tombe pour en retrouver l'emplacement. Dans la Loge de Maître, tous les emblèmes et symboles rappellent la mort et la fragilité des choses; seul le rameau d'acacia est un symbole de la vie.

Déjà chez les Égyptiens de l'antiquité, le cassier et l'acacia étaient des arbres sacrés; ce dernier s'y trouve également dans l'iconographie funéraire. Pour les Francs-Maçons, cette branche vive au milieu de la Loge de Maître est un symbole de la vie nouvelle qui naît des cendres et de la poussière, un symbole du cycle des transformations perpétuelles, de la fuite des phénomènes, un symbole enfin du devenir, de la naissance et de la confiance en ce qui sera au-delà des portes de la mort.

 

  1. Quelle est la signification allégorique de la légende d'Hiram?

La lutte de la lumière contre les puissances des ténèbres.

Quel est l'enseignement moral particulier qui s'en dégage?

Fais ce que doit, advienne que pourra.

En tant qu'allégorie, la légende d'Hiram peut trouver différentes explications suivant le point de vue auquel on se place. Pour la Maçonnerie chrétienne, Hiram représente le Christ crucifié, victime du fanatisme, de l'intolérance et de la vengeance. Au point de vue politique, il symbolise la liberté, tandis que ses meurtriers sont l'image de l'ignorance, de la crédulité et de l'état de servage qui en résulte. Hiram est également une allégorie du soleil qui, durant les trois mois de l'hiver, est en quelque sorte enchaîné.

La légende même qui d'ailleurs ne se trouve pas dans la bible, a été fort probablement composée d'après l'Enéide de Virgile ( livres 3 et 6 ). Son idée fondamentale est sans doute d'une origine très ancienne; déjà dans la mythologie égyptienne, nous voyons Osiris mourir chaque année pour renaître à une nouvelle vie.

Pour les Francs-Maçons, la légende d'Hiram a une double signification. Tout d'abord, Hiram est le symbole de l'homme de valeur qui, malgré les tentations et les persécutions, remporte la victoire sur ses faiblesses et ses passions et se rapproche de la perfection humaine. Les assassins d'Hiram sont les vices qui nous empêchent de parvenir à cet état: envie, avarice, vanité, vengeance, ambition, intolérance. Or, le vrai Maçon, le Maître Maçon, demeure fort dans la tentation et sait supporter la haine, la calomnie et les offenses, afin de demeurer fidèle à soi-même et à autrui. Hiram est le symbole d'homme fidèle au devoir, du Franc-Maçon qui préfère mourir plutôt que de faillir à sa tâche. Nul danger, nulle persécution, nulle vengeance ne l'intimide. Ses adversaires envieux pourront certes lui porter des coups douloureux et lui faire beaucoup de tort dans l'opinion des hommes; mais ils ne pourront rien contre le bien dont le Franc-Maçon est le défenseur généreux.

La vérité, quels que soient les barrières qu'on lui appose, finit toujours par triompher; et celui que l'on a cru abattre naît un jour à une vie nouvelle et meilleure. Que ce retour de la justice tarde à se produire, d'autres hommes se lèveront et se feront les défenseurs du droit écrasé et de l'idéal méconnu; car la force de l'idée est indestructible. L'idée est immortelle, sa vie se poursuit à travers les générations humaines et les siècles, alors même que les hommes qui l'ont formulée pour la première fois, qui ont lutté et sont morts pour elle, ont été oubliés.

Hiram est de même un symbole de l'idée d'immortalité; nulle contrainte dogmatique ne nous oblige à l'interpréter d'une manière déterminée; elle peut satisfaire et réconforter aussi bien celui qui croit à la vie de l'âme dans l'au-delà que celui qui voit dans le concept d'immortalité l'expression de la constance de l'énergie dans ce monde. Dans l'ensemble cosmique, en dépit du paradoxe des mots la mort est une nécessité; et l'homme, dès qu'il a appris à contempler les choses sous cet angle, saura se soumettre à l'inéluctable loi.

Ainsi le cercueil et le tombeau ne sont-ils pas seulement des symboles de la mort, mais dans une mesure égale des symboles de la vie: des symboles du sein maternel duquel naît la vie nouvelle. Dans la mort d'Hiram, nous voyons notre propre renaissance à une vie plus parfaite. Un Maître Maçon qui connaît et comprend la légende d'Hiram sait que, de quelque manière que ce soit, il vivra au-delà de sa mort: puisque rien ne se perd dans l'univers, il y demeure éternellement pour y jouer un rôle aussi important que celui qu'il remplit de son vivant. Le Maître sait que ses actes lui survivront et que ce qu'il a créé de grand et de bon lui conservera la mémoire des hommes. Enfin, il se souviendra de la parole qui lui a été prononcée à l'oreille à l'heure de son initiation : "Il vit dans le fils".

En vérité, c'est dans nos fils et dans nos disciples que les idées et les expériences dont nous avons été les réceptacles continueront de vivre. Ceux qui viendront après nous poursuivront notre travail à l'édification du temple de l'humanité. D'autres suivront, afin que la chaîne sacrée ne se brise jamais. C'est sur nous que repose l'avenir, heureux ou malheureux, des générations. Entre nos mains est placée la dignité de l'humanité, à nous de la conserver pieusement.

 

  1. Quelle est la promesse solennelle des Maîtres?

Je promets de me consacrer à l'émancipation intellectuelle de l'homme, à la liberté de conscience, à la paix au sein de la patrie et parmi les peuples, et de considérer mon devoir supérieur à ma vie,

Je promets à nouveau de continuer à remplir consciencieusement toutes les obligations que j'ai contractées lors de mon initiation et de ma promotion; de suivre assidûment les travaux de la Loge et de ne pas la quitter sans en indiquer franchement et sincèrement le motif,

Je promets de ne révéler à aucun profane, ni à aucun Apprenti ou Compagnon, les signes de reconnaissance et les usages du grade de Maître.

Tout cela, je le promets sur ma parole de Franc-Maçon.

Par nos promesses solennelles aux premier et second grades, nous nous sommes engagés à travailler à notre perfectionnement spirituel et moral. Devenus Maîtres, nous voici obligés d'apporter à autrui le feu de Prométhée et de répandre à notre tour la Lumière que nous avons reçue. Cette tâche cependant ne consiste pas seulement dans la lutte contre l'ignorance, la superstition et l'erreur; elle n'est pas simplement faite de destruction, mais avant tout de construction. Nous sommes des maîtres constructeurs, des architectes travaillant au temple de l'humanité, et cette qualité nous charge de devoirs nouveaux.

Il ne suffit pas de montrer aux hommes cette pleine lumière qui les éblouit et qu'ils ne comprennent point; il nous faut avant tout créer les conditions propices à la réception de la lumière dont la Franc-Maçonnerie se veut faire la dispensatrice. Le Maître Maçon défendra en tout lieu et toute circonstance ces droits et ces dignités suprêmes que sont la liberté de pensée, de croyance et d'opinion politique. Mais liberté n'est pas synonyme d'anarchie et de brutalité égoïste, il importe qu'elle aille de pair avec la loyauté, la solidarité et la tolérance.

Ce n'est qu'à cette condition que nous pourrons maintenir la paix dans notre patrie et entre les peuples. Si, quant à son organisation, la Franc-Maçonnerie est nationale (et il est bon qu'elle le soit), rien ne nous empêche de comprendre les autres peuples, d'en reconnaître les particularités et les besoins. Le sort d'autrui ne nous est point indifférent; et nous ne dirons pas: périssent les autres peuples, pourvu que le nôtre soit prospère! Le Franc-Maçon, dans son sentiment de justice et de loyauté, reconnaît le droit de tous les peuples au bonheur: tout ce qui est susceptible de servir la cause de la paix trouvera l'approbation et l'appui de la Franc-Maçonnerie.

De même, dans les conflits sociaux et politiques, le Maître-Maçon s'efforcera d'être le médiateur qui sert la cause de la loyauté, de la justice, de l'équité et de l'amour. Jamais le Franc-Maçon n'approuvera la violence, la brutalité et l'oppression. Son mot d'ordre suprême est:

Liberté, Égalité, Fraternité.

Si le Maître veut demeurer digne de ce titre que la Chambre du Milieu lui a donné, il persévérera dans l'observation des engagements qu'il a pris lors de son initiation et de sa promotion; et rien ne l'arrêtera dans l'accomplissement de ce devoir. Cette promesse doit lui être aussi sacrée que le serment le plus solennel prêté devant les tribunaux. La parole de Franc-maçon qu'il donne en sa qualité de Maître est le lien le plus solide qu'il puisse nouer, l'engagement le plus strict, le plus sévère qu'un homme puisse prendre; il la donne en toute connaissance de cause et rien ne saurait l'excuser de forfaire à cette parole. Même s'il devait un jour quitter la Franc-maçonnerie, il demeure engagé par cette parole et nulle ne peut l'en délier. Celui-là est un lâche, un être sans foi ni honneur qui trahit une cause qui jadis lui était ou paraissait lui être essentielle.

 

  1. Quels sont les outils des Maîtres?

La règle, l'équerre et le compas.

 A quoi travaillent les Maîtres?

A la pierre de couronnement et à la planche à tracer.

Nous connaissons déjà les outils des Maîtres: L'Apprenti et le Compagnon s'en sont servis et le Maître fera de même. Poux lui, la règle est le symbole de la vérité. L'équerre représente toujours à ses yeux le droit, la justice, la droiture et la force de sa personnalité. Quant au compas, sa pointe solidement ancrée dans son cœur est le symbole de l'amour qu'il porte à ses Frères et à tous les hommes; il lui rappelle les devoirs que jadis il a accepté librement.

La tâche du Maître est double: D'abord, il est tenu de poursuivre son propre perfectionnement, il doit donner à la pierre cubique la forme la plus parfaite. Celle-ci deviendra ainsi la pierre de couronnement qui achève l'édifice et lui prête force et beauté. Le Maître se consacrera à cette oeuvre, afin que sa pierre occupe une place d'honneur dans le temple symbolique.

La seconde tâche du Maître est de travailler au développement et à la gloire de l'alliance maçonnique entière, voire l'humanité. Courbé sur la planche à tracer, il se servira de ces mêmes outils pour dresser le plan des grandes oeuvres qui hâteront le triomphe de l'esprit. Le travail social, l'accomplissement des devoirs civiques et des multiples tâches qui lui incombent en sa double qualité de membre d'une famille et de membre de l'humanité, cette oeuvre exige du Maître qu'il trace de sages plans et qu'il se mette en accord avec les enseignements que la Franc-Maçonnerie lui a donnés.

Dans cette entreprise, notre symbolisme lui prêtera un appui précieux: les trois lumières, la Sagesse, la Force,  la Beauté, l'Étoile Flamboyante et la lettre G éclaireront sa route. L'outil principal dont il se servira dans son travail sur la planche à tracer sera le compas dont les deux branches symbolisent le droit et le devoir. Le Maître Maçon sera le conseiller de ses jeunes Frères ainsi que leur protecteur; il les instruira par sa parole et surtout par son exemple.

 

  1. Comment frappent les Maîtres?

Par trois coups l... dont le dernier est a....

Les trois coups l... de la batterie des Maîtres se distinguent nettement de ceux de la batterie des Apprentis ou des Compagnons. Le rythme des Maîtres évoque l'idée de constance, de fermeté et d'énergie. On y sent aussi la prudence et la réflexion dont ils ne doivent jamais se départir. Le grade de Maître, bien plus que les deux autres, est celui de la réflexion; c'est sur celle-ci que le Maître fonde ses actes. Sans doute, son oeuvre ne serait-elle pas aussi rapide et ardente que celle des Apprentis et des Compagnons; c'est avec prudence et sagesse que le Maître dessine ses plans, mais lorsque ceux-ci sont achevés, l'exécution s'en fait avec une force d'autant plus grande.

Les trois coups de la batterie rappellent également le triple fondement du travail des Maîtres: raison, intelligence, sensibilité. Et c'est à cette dernière - la batterie l'indique - qu'appartient le rôle principal dans l'œuvre magistrale, car le cœur doit partout guider le Maçon; l'amour est au-dessus de tout. Les coups de la batterie correspondent enfin aux trois Lumières:  Sagesse,  Force et Beauté. La Sagesse, ici, s'apparente au savoir théorique; la Force correspond au travail pratique, à l'œuvre que nous devons accomplir; la Beauté en est l'achèvement: la discipline, l'ordre, la paix, l'harmonie, le propre domaine des Maîtres.

Mais la batterie du troisième grade rappelle aussi les trois coups dont Hiram fut frappé à mort. Aussi le Maître Franc-Maçon n'oubliera-t-il point que les esprits du mal ne font pas de trêve et qu'il est nécessaire de se prémunir contre leurs attaques sournoises. Cependant, lorsque le Maître accepte la lutte, il combattra jusqu'à son dernier souffle et, à l'instar d'Hiram, il préférera la mort au déshonneur de la trahison. Le rythme de la batterie des Maîtres est un constant appel à leur conscience, un rappel au devoir qui leur incombe.

 

  1. Que signifie les trois pas du Maître?

Ils représentent la naissance, la vie et la mort.

Quels sont les emblèmes du grade de Maître? 

Le tombeau, le sablier et le serpent mystique.

Les trois pas du Maître franchissant le c...  ou le t... nous représentent une fois encore, et d'une manière saisissante, le but de notre vie qui du berceau nous porte au-delà du tombeau. La légende d'Hiram nous a enseigné la signification symbolique du tombeau; les trois pas étroitement unis à celui-ci nous invitent à réfléchir à notre vie passée et à nous demander si nous l'avons conduite selon la loi de l'équerre, si nous avons rempli constamment notre devoir d'homme et de Franc-Maçon.

Ici de nouveau, la tombe et le cercueil sont des symboles du sein maternel ou encore de la terre génitrice et nourricière qui de la poussière et des cendres fait naître la vie nouvelle. Le crâne joue un rôle analogue dans le symbolisme du grade de Maître, et nous avons vu qu'il se trouve presque toujours dans la Chambre du Milieu. La première interprétation de ce symbole est celle qui se rapporte à la mort, à la fragilité des choses et à la gravité de la vie; compris dans ce sens, ce symbole est accompagné souvent de tibias entrecroisés.

Le crâne a encore une autre signification symbolique; nous y voyons le réceptacle du cerveau, le siège de notre raison, de notre intelligence. C'est dans le cerveau que se déroule notre pensée, notre volonté, nos sentiments, notre imagination, nos émotions. Là se trouve la source des qualités bonnes ou mauvaises; là s'élaborent les plans de nos oeuvres justes ou injustes.

Le crâne est ainsi le siège de la personnalité, de cette personnalité dont le Franc-Maçon a le plus grand souci. Le crâne est également une allégorie de l'égalité des hommes, car lorsque la chair et les humeurs auront été détruits, tous les hommes seront égaux; et quand les distinctions extérieures: état, profession, fortune, auront disparu, alors tous les hommes seront frères.

Le sablier, autre symbole dont il est fait usage au grade de Maître, est une allégorie fort ancienne, de la fragilité des choses et de la fuite du temps; placé dans nos Loges, il nous exhorte à ne pas gaspiller le temps précieux qui nous est mesuré. Il nous invite à ne pas tarder d'entreprendre notre oeuvre et à ne jamais oublier que chaque jour peut être celui de notre fin.

Mais afin que le désespoir ne nous saisisse pas lorsque nous songeons à ces choses, nous contemplerons et méditerons le symbole du serpent mystique qui, roulé en cercle, se mord la queue, symbole de la vie universelle et de l'immortalité.

Or, le cercle est tracé par le compas, symbole de l'amour fraternel: aussi bien notre amour doit-il être sans fin, comme le cercle est sans fin.

 

  1. Quel âge avez-vous en tant que Maître?

J'ai ... ans.

Une dernière fois, le symbolisme du troisième grade nous rappelle les marches de l'escalier mystique et les sept étapes de la carrière de Maître. Une dernière fois nous songeons à tout ce qui se rattache à ce nombre: aux sept arts, aux sept âges, aux sept vertus cardinales et aux sept péchés capitaux. Nous avons franchi la dernière des marches qui conduisent au Très-Saint, mais nous savons que nous n'avons pas encore atteint la fin de la sagesse. Sans jamais nous lasser, nous devons avancer toujours, aussi longtemps que nos forces nous soutiennent, jusqu'au jour où, de nos mains lasses s'échapperont la règle, l'équerre et le compas.

Ainsi soit-il !

 

Ce qu'un Maître-Maçon doit étudier :

  1. Le livre du Maître.

  2. Le rituel du 3ème grade dans les divers systèmes.

  3. Le symbolisme comparé de la Franc-maçonnerie.

  4. Les écrits de nos adversaires.


 

CONCLUSIONS D'ORATEUR

 

 

LA CHAIR QUITTE LES OS, TOUT SE DESUNIT

Le constat de la mort d'Hiram est un des moments fort du rituel d'initiation au grade de Maître. Hiram était le chef de tous les ouvriers du temple, il possédait la connaissance des arts en matière de construction, il était l'architecte du temple.

Maintenant qu'il est mort, il faut le remplacer et c'est à ce moment que le compagnon récipiendaire devient maître, afin que les enseignements d'Hiram ne disparaissent pas avec son porte-parole.

La chair a quitté les os et tout s'est désuni. Il n'y a cependant pas de quoi s'en affliger, car nous avons appris en maçonnerie à ne pas appréhender la mort, nous savons qu'elle donne lieux à une renaissance, qu'une graine doit forcément mourir et se transformer pour donner naissance à une plante, génératrice d'une multitude de graine. Il y a donc tout lieu de se réjouir et de célébrer la venue en chambre du milieu d'un nouveau maître, dont le devoir est d'assurer la succession de l'initié parfait en s'identifiant à Hiram.

Puisque la chair a quitté les os, que tout s'est désuni et qu'Hiram est bel et bien mort et enterré, il ne reste que nous-mêmes pour mener à bien la construction du temple, et pour ce faire se comporter en véritable maître initié.

L'apprentissage et le compagnonnage nous ont préparé à cet effet : nous avons appris à nous connaître et à connaître les autres. Nous avons pratiqué l'ésotérisme, mais aussi l'exotérisme. Enfin nous savons travailler, tailler la pierre afin de la rendre utilisable pour la construction du temple.

En fait, nous avons suffisamment de bagage intellectuel et d'aptitude pratique pour agir en véritable initié. Pour ce faire, à chacun sa méthode, je n'ai pas de leçon à donner et ne parlerais dans cette planche que de ce qui me touche, de ce que je considère essentiel pour mener à bien et de manière sereine ma propre démarche.

Il y a des vertus qu'il me paraît nécessaire d'acquérir, car les vertus d'un être font sa valeur, son excellence propre, le font devenir plus humain. Aristote définissait la vertu comme étant une disposition acquise à faire le bien. Or le bien n'est pas à contempler, il est à faire, car il ne suffit pas de réfléchir sur le sens des vertus, cela ne rend pas vertueux pour autant. Penser les vertus, c'est en fait mesurer la distance qui nous en sépare, c'est penser nos insuffisances. C'est un premier pas, il reste à vivre ces vertus sur lesquelles nous réfléchissons, il nous faut les réaliser.

Mon propos de ce soir ne sera pas d'évoquer toutes les vertus, elles sont trop nombreuses et je n'aurais pas le temps de les analyser toutes. Je limiterai mon exposé aux quatre vertus que l'on qualifiait dans l'Antiquité et au Moyen-âge de vertus cardinales qui sont la prudence, le courage, la tempérance et la justice.

La prudence comme vertu suscite tout de suite une interrogation : Est-elle plus importante que le devoir? Elle peut assurément l'être en certaines occasions, car une bonne intention (celle d'accomplir son devoir) peut parfois aboutir à des catastrophes. Un être responsable doit en effet répondre de ses actes, mais aussi de leurs conséquences. On ne saurait se passer de prudence pour mener à bien ses propres actions. La prudence fait appel au bon sens. Elle suppose l'incertitude, le risque, le hasard, l'inconnu. Elle est l'outil de toute action qui ne se contente pas de vouloir la bonne fin de sa démarche, mais aussi les bons moyens pour mieux s'y engager. Il ne suffit pas d'aimer ses enfants pour être un bon père, ni de vouloir leur bien pour le faire. Les bonnes intentions ne dispensent pas d'être intelligent pour les mener à bien. Et la prudence est intelligente parce qu'elle tient compte de l'avenir, elle anticipe, elle fait prendre conscience qu'on ne peu pas toujours atteindre son but en empruntant le plus court chemin. Le réel impose sa loi, ses obstacles et ses détours. La prudence est l'art d'en tenir compte. La prudence est ce qui sépare l'action de l'impulsion, le héros de la tête brûlée.

La prudence est aussi nécessaire pour protéger la morale du fanatisme. Combien d'horreurs accomplies au nom du Bien? Combien de crimes, au nom de la Vertu? La bonne volonté n'est pas une garantie, ni la bonne conscience, une excuse. La prudence prescrit l'intelligence et la lucidité.

Il est imprudent de n'écouter que la morale, et il est immoral d'être imprudent.

La deuxième vertu cardinale est le courage. De cette vertu, il faut s'en méfier car elle peu servir au meilleur comme au pire. Un fanatique religieux ou politique qui transporte une bombe pour faire exploser un centre commercial fait preuve d'un courage qui ne le rend pas vertueux pour autant. "Le courage n'est pas une vertu, disait Voltaire, mais une qualité commune aux scélérats et aux grands hommes".

En fait le courage devient vertu que s'il est utilisé au profit d'une bonne cause. Etre courageux, c'est maîtriser sa peur, "se maîtriser" en quelque sorte pour franchir des obstacles afin d'atteindre des objectifs que l'absence de courage rendrait impossible. Accomplir un devoir demande souvent un certain courage et c'est pourquoi le courage force le respect, bien qu'il ne soit pas une garantie de bonne morale.

Si l'altruisme, le désintéressement et la générosité accompagnent l'acte de courage, celui-ci devient effectivement une vertu. Et ce courage là n'exclu pas forcément la peur, mais met au contraire en exergue un désir de la surmonter, fait preuve d'une force de volonté plus puissante que la peur.

Il est important de relever que le courage ne va pas sans mesure. Aristote le démontra clairement dans ses thèses. Il faut proportionner les risques encourus à la fin recherchée; il est beau de risquer sa vie pour une noble cause, mais déraisonnable de le faire pour des broutilles ou par pure fascination du danger. On retrouve ici la prudence, vertu qui accompagne toute les vertus. A ce propos, Spinoza nous dit que : "la vertu d'un homme libre se montre aussi grande quand il évite les dangers, que quand il en triomphe : il choisit la fuite avec la même fermeté d'âme, ou présence d'esprit, que le combat." En tant qu'homme libre, Spinoza entend celui qui vit sous la seule conduite de la raison.

La troisième vertu cardinale est la tempérance que le Petit Robert défini comme étant la modération dans tous les plaisirs des sens. Il ne s'agit donc point d'abstinence: de se priver de vin comme de jolie fille au nom de je ne sais quelle théorie, dogme ou religion fantaisiste. Il faut user de tout, mais avec modération, dans une juste mesure. Ne pas se priver des plaisirs des sens, mais bien utiliser ces plaisirs pour mieux en jouir. C'est en quelque sorte le contraire du dégoût, de l'écœurement ou de ce qui y mène. La tempérance est le gage d'une jouissance plus pure ou plus pleine, c'est un goût éclairé, maîtrisé, cultivé. Comte-Sponville, un philosophe moderne, définit la tempérance comme étant cette modération par quoi nous restons maître de nos plaisirs, au lieu d'en devenir esclave. Quel plaisir de fumer, quand on peut s'en passer! De boire, quand on n'est pas prisonnier de l'alcool! De faire l'amour, quand on n'est pas prisonnier de son désir! Plaisir plus pur, parce que plus libre. Plus joyeux, parce que mieux maîtrisé. Plus serein, parce que moins dépendant.

La difficulté d'arriver à cette maîtrise de soi fait que la tempérance est la vertu par excellence. Elle guide l'homme sur le sentier étroit qui sépare d'un coté l'intempérance, la débauche, le laisser aller, et de l'autre coté l'insensibilité, qui sont les traits de caractère de tant de frustrés de l'existence.

La quatrième et dernière vertu cardinale est la justice. Alors que la prudence, le courage et la tempérance sont des vertus qui ne rendent pas l'homme qui en fait usage vertueux pour autant (j'entends par là qu'un tyran peu faire preuve de prudence, de courage et de tempérance, il n'en reste pas moins un tyran), la justice est bonne en soi, et rend obligatoirement vertueux celui qui la pratique.

La justice a deux sens : le sens légal où il ne s'agit pour se comporter de manière juste que de respecter les lois, et le sens égalitaire qui n'a rien à voir avec les lois et qui nous font dire par exemple: il est injuste que des enfants naissent dans la misère des bidonvilles alors que d'autres ont le privilège de venir au monde au sein d'une société aisée dans laquelle tout leur est offert. Ce double sens de la justice a fait dire à Aristote que "Le juste est ce qui est conforme à la loi et ce qui respecte l'égalité, et l'injuste ce qui est contraire à la loi et ce qui manque d'égalité." Or égalité et légalité ne vont pas forcément de paire.

Les lois, qu'elles soient écrites par un seul homme ou par une communauté ne sont pas forcément justes, ne sont pas forcément vérités. Elles se contredisent parfois. Les lois d'un régime démocratique ne sont pas les mêmes que celle d'une dictature fasciste où c'est l'autorité et non la vérité qui fait la loi. Et de même dans nos démocraties, quand la loi protège la propriété privée, elle garantit dans le même temps l'inégalité des richesses. Quand l'égalité et la légalité s'opposent, où est donc la justice? La loi n'est donc pas forcément la justice, elle peut même être injuste et dans ce cas, il est juste de la combattre.

Qu'en est-il de l'égalité? Dans quelle mesure celle-ci est-elle justice? Serait-il juste de donner à tous les mêmes choses, quand ils n'ont ni les mêmes besoins ni les mêmes mérites? D'exiger de tous les mêmes choses, quand ils n'ont ni les mêmes capacités ni les mêmes charges? Et que fait-on de la liberté si l'on veut obliger par acte de justice tous les hommes à être égaux? Non, la justice envisagée dans son sens égalitaire doit se limiter à établir une égalité des droits, qu'ils soient juridiquement établis ou moralement exigés. Il est bon de pratiquer la justice dans ce sens, celui de l'égalité, de l'équité. Respecter les lois établies par une communauté, il le faut absolument, et même les défendre, mais pas au prix de la justice. Le respect de la liberté et de la dignité de chacun doit être la ligne de conduite de l'homme juste.

L'homme juste ne fera pas appel à la justice que quand çà l'arrange, il la pratiquera en tout temps, il ne se contentera pas d'appliquer la loi, mais fera plus en appliquant une justice morale, en faisant à autrui comme le rappelle nos rituels, ce que nous souhaiterions qu'il nous fût fait, en ne cachant pas à l'acheteur de la voiture ou de la maison qu'il aurait à vendre, les vices non visibles et les défauts de tels objets.

On dira dans ces conditions qu'il devient bien difficile de faire des affaires en se comportant en homme juste. Mais qui a prétendu que la justice était facile et avantageuse? Elle ne l'est que pour celui qui la reçoit ou en bénéficie, mais pour celui qui la pratique, elle se limite à être une vertu. Ceci ne veut pas dire qu'il faut renoncer à son propre intérêt, il faut simplement le soumettre à la justice. Sinon? Sinon contente-toi d'être riche, répond le philosophe Alain, n'essaye pas d'être juste encore avec.

J'en ai fini avec ces quatre vertus dites cardinales. On me demandera peut-être quel rapport y-a-t-il entre ces vertus et la mort d'Hiram? Et bien c'est précisément parce que de la mort, nous ne connaissons pas grand chose, sinon qu'elle nous renvoie à la vie. Je veux dire par là que lorsque nous pensons à une personne qui est décédée, c'est le souvenir de la personne vivante qui nous vient à l'esprit. Et lorsque je pense à ma propre mort, je ne pense pas à ce qu'il va véritablement advenir de ma chair, de mes os, de mon âme, je pense au souvenir que je vais laisser de moi comme étant la manifestation d'une éventuelle survivance, d'une éventuelle vie après la mort. Donc je pense au comportement "exemplaire" dont je souhaiterais faire preuve afin de réaliser ma vie dans l'esprit que je me suis donné de le faire.

C'est pour cette raison que j'ai voulu vous inviter dans cette planche à une réflexion sur les vertus humaines car, comme je l'ai dit tout à l'heure, l'essentiel dans le récit allégorique de la mort d'Hiram réside dans le fait de la transmission de l'esprit du maître vers celui de ses disciples afin qu'ils deviennent des exemples en matière de comportement, conformément au comportement exemplaire qu'a été celui de Maître Hiram.

 


 

Travaux de Maîtres

 

 


 

La résurrection dans le mythe d’Hiram

L’initiation  au troisième degré permet au postulant qui en a été jugé digne de vivre en le jouant lui-même comme acteur, tout en étant le principal destinataire du message issu de cette épreuve,  le psychodrame de la mort d’Hiram.

Mais cet épisode de la  mort est suivi  par un autre  acte  dont le mystère est plus subtil, celui de la résurrection du Maître  Hiram au travers et en la personne de tout  nouveau Maître  qui  subit cette élévation ou exaltation.

Ce morceau d ‘architecture,  à connotation didactique, tracé à l’attention particulière des jeunes MM\ de notre atelier, tentera d’explorer le chemin qui mène de la mort à la résurrection, à travers cette initiation particulière au  troisième grade,  afin de susciter une réflexion sur le symbolisme qui peut interpeller tout F\M\, dans ses voyages et dans sa quête perpétuelle  à la recherche de la vérité.

Le contexte dans lequel survient cette mort, sa finalité ainsi que l’impact psychologique sur le postulant seront décortiqués dans un premier chapitre pour ensuite dans un deuxième temps  analyser le second mystère, celui de la résurrection dont les corollaires seront édulcorés en un troisième  chapitre de synthèse.

Les MM\MM\ devant tracer des plans pour les AA\ et les CC\, chacun pourra enrichir par rapport à son vécu propre, la contribution conclusive qu’il estime nécessaire en guise de catalyseur à cet élan  continuel vers plus d’enrichissement et donc vers plus de Lumière !

 

La mort

Le F\M\ s’accoutume à l’idée de la mort dès son entrée en maçonnerie. Le vieil homme  dont il doit se dépouiller afin de vivre en initié, en homme nouveau  paraît déjà comme une invite à mourir à la vie profane !

Il s’efforce donc dans la pénombre du septentrion à faire sa mue afin d’abandonner sa peau de profane progressivement, avant de resplendir au midi sous une lumière vive, dans une enveloppe charnelle mystique nouvelle, due à l’enseignement  qu’il reçoit,  au maniement des outils et à l’interpellation et à la pénétration timide mais perceptible des symboles sur le néophyte qu’il demeure, pendant tout son compagnonnage.

Ce n’est que lors de la cérémonie d’exaltation à la maîtrise que lui est présentée la Mort  physique, relatée et reconstituée à travers l’assassinat du M\ Hiram.

Il entre donc cette fois dans une L\ transformée en  chambre funéraire, où le deuil a plongé dans la tristesse et le désarroi des ouvriers consternés et atterrés qui perçoivent dès lors que le chantier ne verra jamais de fin .

Et pour cause, trois  des ouvriers de la chambre des compagnons ont comploté, et ont juré d'obtenir du Maître par la force les secrets du tracé de l’œuvre.

Au delà de la scène théâtrale, ces trois  mauvais compagnons, Ignorance, Fanatisme et Ambition, correspondent à des traits  et à des pulsions caractériels de tout homme obstiné par des objectifs de puissance et de gloire , ou simplement imbu de satisfaction personnelle non méritée.

Ainsi peut-on en substance tirer profit d’un enseignement intangible : le savoir et l’érudition sont une condition certes nécessaire , mais non suffisante à la découverte de la Connaissance ! La connaissance ne s’approprie pas par la force ni sans mérite. Et l’immensité du savoir ne suffit pas à la maitrise autoproclamée de la Connaissance ! C’est bien facile d’arracher par la force  un plan que de se donner le temps de maîtriser la science du trait et savoir le tracer. Faut-il encore pouvoir l’interpréter pour l’appliquer comme il se doit!

Car somme toute, en maçonnerie il s’agit du plan de vie, lequel englobe la mort et il s’agit de se construire et non de se projeter dans un personnage modèle fusse t-il vertueux ou glorieux.

C’est à son propre rythme que s’initie le maçon, car il doit transcender les symboles pour s’identifier à eux au gré des circonstances de sa vie !

Si l’aboutissement de cette vie est bien une mort physique,  et si cette mort marque de manière douloureuse la fin d’une étape terrestre,  elle traduit surtout et se veut d’abord la fin d’un cycle.

Il faut donc chercher derrière le crime crapuleux, l’utilité et l’équivalence de la fonction et du rôle  d’assassin au niveau mental ! 

Serait-ce l’émanation des comportements inhibiteurs de notre subconscient, qui remonteraient ainsi à notre imperfection de nature et  même au péché originel ?

Tous ces sentiments fielleux et leurs agrégats  vaniteux existent en nous en des proportions diverses. Mais leur manifestation est plus ou moins prononcée selon les circonstances et selon l’environnement dans lequel nous évoluons.

Il y a donc un effort permanent à faire pour le F\M\ motivé et assidu à son labeur, afin  de dominer ses passions et éviter les réflexes égoïstes.  Fuir l’ambition démesurée et le fanatisme aveugle qui conduisent à la mort de sa véritable identité, donc de son véritable maître devient une préoccupation permanente et il parcourt sans cesse le symbolisme des trois degrés, car les symboles qui  les caractérisent l’interpellent différemment  et avec plus de profondeur au fur et à mesure de son avancement, et donc de son élévation.

Le cadavre du maître ayant été retrouvé et une branche d’acacia ayant symboliquement  marqué le lieu, nous pouvons en toute quiétude faire notre deuil, poursuivant ainsi notre représentation.

Dans toutes les civilisations, la condition préalable pour faire un deuil réside dans la  présence de la dépouille du corps du défunt !

Comme si l’apparente  reconstitution des fragments d’une enveloppe charnelle devenue simple « matière biodégradable », simple poussière,  devenait un satisfecit et remplissait à elle seule les conditions rituelles imposées par les mœurs  sociétales pour un au revoir,  un ultime adieu, tant cette destinée  et les appréhensions de l’après mort  sont communes! Il semble pourtant que cette condition est une constance de l’interrogation humaine, un  paramètre permanent dans  toutes les mythologies, Isis / Osiris etc.  Pourquoi ?

Parce qu’elles répondent toutes à un  même objectif, qui est l’un des  messages cruciaux du grade  qui consiste entre autres à "rassembler ce qui est épars". IL appartient bien entendu à chacun d’explorer toutes les autres voies et interprétations de ce postulat notamment en s’efforçant de rassembler ce qui est épars en soi !

A titre d’exemple, et en particulier dans les civilisations africaines, les dépouilles  paraissent  bien souvent constituer un pont entre le temporel et l’intemporel, comme si ceux qui décédaient allaient explorer et préparer  dans un au-delà la venue de ceux qui les suivront.  Le deuil doit donc se faire avec la présence du corps ou  d’un médiateur, fusse t-il un simple morceau d ‘ossements, à l’unique condition qu’il ait  bien appartenu au disparu. Le mort et La Mort étant ainsi honorés, les difficultés de l’avenir peuvent être affranchies en partie, amoindries ou du moins aplanies.

La mort reste donc ainsi au centre de la vie comme les cimetières étaient  au centre des villages  en Europe autrefois. En Afrique, dans les villages, le mort est  bien souvent enterré dans la cour de l’espace du village où il résidait, derrière son habitation et même quelquefois dans sa propre maison.

Que se passe t-il donc après cette mort ?

Nous référant alors à la marche de ce  Grade,  le M\M\ arrivé à la fin de ses sept pas ou se tenant sur la dernière des sept marches de l’escalier circulaire, prêt à  traverser le  voile qui sépare le Hélal du Débir  a-t-il encore besoin de son enveloppe charnelle ?

 Le M\M\ traverse la mort comme il enjambe le catapulte et il se tient debout, prêt à aller plus loin, vers de nouveaux horizons particuliers, car éthérés ! Il a sept ans et même plus !

Le grade de M\ n’est pas un grade de commandement, il apprend à dépasser la mort, notre propre mort  mais elle n’arrête pas pour autant le chantier. Il s’agit d’acquérir sa maturité maçonnique par l ‘exercice de la domestication et de l’appropriation de la mort. Et cet exercice ne se fait pas sans douleurs ni sans émotion lorsqu’il concerne des êtres que nous affectionnons, mais il suscite une espérance que Jean Verdun  restitue en  disant que « l’initiation au Grade de Maître est la métamorphose du Compagnon qui après avoir été soupçonné d’être mauvais Compagnon apporte la preuve de son innocence et se voit appelé à ressusciter en la personne de l’architecte.

Hiram  est donc bien mort et la parole perdue ! Cependant notre travail n’est pas  encore terminé ! Le chantier doit se poursuivre.

Il va  bien falloir une mystique particulière afin de perpétuer l’œuvre.

C’est alors le lieu d’analyser et même de psychanalyser le phénomène de la résurrection orné des corollaires indispensables à sa réalisation ?

 

La résurrection

La résurrection prend des formes diverses dans les différentes civilisations, selon les mythologies et les religions allant dans son acception la plus courante jusqu’à la réincarnation bouddhique.

Elle participe  en cela de la psyché humaine dans son aptitude transcendantale où la métamorphose de la matière  permet à l’esprit de poursuivre d’autres formes de vie. Dans l’imaginaire collectif il peut s’agir d’une réappropriation d’un corps physique uniquement parce que l’homme a besoin de repères perceptifs connus, aux fins d’illustrer les diverses étapes des chemins de la Connaissance.

Pour le F\M\ qui doit « aller plus loin », il doit s’agir, au-delà de l’illustration descriptive, de la recherche du sens réel du symbolisme de la résurrection. Loin d’être une réanimation, ce nouveau cycle, ce nouveau départ vers une autre réalité forge l’espérance de sa foi maçonnique. Ce qui lui permet d’appréhender la mort , non comme une fin , mais comme une délivrance afin d’accéder à des niveaux vibratoires et énergétiques supérieurs.

Uniquement à titre de comparaison,  pour une meilleure compréhension de notre propos et sans entrer dans une herméneutique approfondie de la résurrection, on peut tirer de l’Evangile l’analyse suivante :  il y a une différence fondamentale entre Lazare réanimé par le miracle de Jésus invoquant la puissance de son père, lequel  Lazare marche en sortant réanimé de son tombeau d’une part , et d’autre part   la résurrection du Christ, trois jours après une mort annoncée et préparée par la trahison de Judas afin que ce  grand mystère se produise ! Non pas pour que Jésus devenu Christ  revienne parmi les vivants continuer à prêcher les enseignements qu’il prodiguait mais bien au delà, pour son entrée dans et vers une vie éternelle marquée par l’Ascension , sa montée dans les cieux!

Je me plais à proposer souvent à la méditation de nos jeunes condisciples, les propos du très illustre frère Alain  Pozarnik,  dont j’affectionne les conférences et qui aime à dire que « le contraire de la mort ce n’est pas la vie mais la naissance ! » .

Par ailleurs   la fécondité de son œuvre et des enseignements à tirer en ce qui concerne la recherche de la perfection témoigne d’une pratique éprouvée de cet exercice de  passage de l’équerre au compas,   qui devrait tous nous inspirer.

Nous devons tous entreprendre tel Sisyphe avec son rocher et sans relâche une navigation permanente entre l’Equerre et le Compas, lieu où doit se trouver le maître maçon en plein labeur !

La recherche de l’excellence, de la pureté, permet ainsi d’ouvrir les portes au véritable amour fraternel dans tous nos plans mentaux. Cet amour limpide qui, selon l’illustre frère Pozarnik dans son ouvrage « Le Secret de la Rose », permet de rejoindre la « sagesse universelle, celle qui englobe en une conscience unique tous les savoirs et dépasse,  sans les rejeter,  toutes les raisons. »

La résurrection peut alors apparaître dans toute sa splendeur comme la résurgence de son être principiel en route vers son éternité et l’ensemble des corollaires qui s’y rattachent participent donc et procèdent à la finalité de l’acte de la Création.

En ce sens, au delà de l’espace –temps sacré qui permet cette transmutation, le corps astral naviguerait dans un espèce de CONTINUUM, de Nirvana où seules vont être considérées les préoccupations de l’esprit,  cet esprit  qui   anime la vie,  cet esprit créateur  et ordonnateur des mondes!

Ceci établit donc que la résurrection dans le mythe d’Hiram fonde une réalité supérieure  qui s’oppose au quotidien profane, le supplante et nous permet d’entrevoir la  finalité du Grand Œuvre.

Toutefois on pourrait penser que l’entrée en scène du nouveau maître ne devrait se faire véritablement que lors de la résurrection, lorsqu’il prend la place numérique du Maître Hiram disparu, car on peut difficilement imaginer que le Compagnon qui joue le rôle d’Hiram pendant l’assassinat ait déjà été  vêtu de son habit de Maître !

C’est  cette difficulté de mise en scène qui magnifie l’alchimie de la reconstitution du psychodrame, car en effet il s’agit de faire vivre au postulant sa propre mort physique afin de le libérer du carcan de ses pesanteurs terrestres et lui permettre de poursuivre son voyage en s’élevant, en  fait en élevant sa conscience!

Les mots substitués et la mise en commun des énergies des meilleurs ouvriers du défunt Maître  vont  permettre d’aller plus en avant vers la recherche de la vérité, ce qui nécessite et demande un effort continu mais aussi et d’abord un effort collectif et une perspicacité certaine!

Il s’agit maintenant de faire passer en avant le « corps subtil » qui doit entreprendre de nouveaux voyages en rapport avec sa destination finale  lumineuse.

Relayer, transmettre, répandre la lumière,  nouvelle mission assignée et gravée en la personne de notre nouveau Maître qui, après avoir vaincu les ténèbres de son existence terrestre imparfaite, devra parcourir un nouveau cycle, certainement composé encore de morts et de résurgences  successives tel que le sous-tend tout rite solaire!

Tel le phénix qui renaît de ses cendres, le M\ est plus radieux que jamais, car il a puisé dans l’énergie cosmopolite constituée par la mystique du troisième degré, qui exécutée dans la commune union  des trois piliers de la L\, à travers les cinq points parfaits de la maîtrise, vont faire resurgir la vie, et donc redonner corps à l’esprit.

Il s’agit cette fois d’un corps vibratoire à la recherche d’une résonance particulière  entre deux forces superposées: celle de son moi et celle de son supra conscient  qu’il faudra aligner voire incorporer!

 

Synthèse

Dans son cheminement initiatique, le cycle mort-résurrection,  peut être défini comme le cycle vertueux de la recherche de la vérité.

Cette alternance qui apparaît, tel un pavé mosaïque, permet au M\M\, dans une descente ascensionnelle à travers son subconscient, d’ouvrir la voie à d’autres espaces de son univers intérieur qu’il est loin d’imaginer. Son corps subtil doit entreprendre de nouveaux voyages à travers lesquels il pourra  tenter de découvrir sa vraie nature divine, au prix de plusieurs  sacrifices, surprises et déceptions mais aussi de plusieurs encouragements  et satisfecit bien mérités!

Or l’altération de cette particule de divinité est si rapide qu’il faudra toute la persévérance  et la détermination du M\M\ pour capter en nombre suffisant  des photons  de ce rayonnement  fossile premier, afin d’illuminer le Maître,  et l’accompagner dans son processus de transformation-transmutation pour devenir un véritable  Etre de lumière.

 « La lumière est apparue aux apprentis, elle a éclairé les compagnons, puisse-t-elle illuminer les maîtres ! ».

C'est tout le bonheur que je souhaite à tous les MM\MM\ dans leur recherche sur le chemin de la Vérité. Et comme l’acacia vous est connu, que votre volonté soit imputrescible et que verdoie pour l’éternité votre détermination à répandre la Lumière.

Enfin, je formule le vœu  et nourris l’espérance  que cette lumière  nous habite tous tout au long de notre parcours maçonnique et que le  Véritable Maître ressuscite en nous  et parmi nous car il doit irréductiblement vivre dans le fils et ce pour la postérité.

                                                                                    


 

Information et Connaissance : 

La SI mythe ou réalité pour la lutte contre la pauvreté.

 

 

Introduction 

La civilisation humaine est entrée de manière rapide dans ce qui est appelé aujourd’hui la Société de l’Information, non pas qu’auparavant l’Information n’existait pas mais par différentiation et succession  à la société de mécanisation dite industrielle tout au long des années qui ont constitué en grande partie le 20e siècle de l’ère vulgaire.

En effet l’essor rapide des technologies du traitement de l’information et leur utilisation accrue par les autres secteurs des sciences, génère de nouveaux comportements dont les répercussions sociologiques immenses vont toucher tous les secteurs de la vie économique, faisant resurgir un besoin immédiat de réformes dans  la vie active. Il faut, à tous les niveaux réapprendre et s’adapter sans cesse à ces nouveaux outils qui changent inévitablement notre façon de penser et de vivre. Cela demande bien plus qu’un effort de remise à niveau puisqu’il s’agira sans nul doute de reconcevoir toutes les composantes de nos modes de vie, chacun les adaptant selon ses priorités respectives mais aussi globalement il nous faudra redéfinir de nouvelles normes de la vie communautaire dans un village planétaire.

Cependant, subsisterait peut être un domaine particulier, dont les traditionalistes et les libres penseurs en quête d’un idéal, à l’abri des diverses évolutions ou Révolutions de la société humaine, pourraient gager de l’inaltérabilité, ce serait celui de la Connaissance, prise dans sa donne métaphysique et même mystique.

L’épure de cette colonne  gravée dont le remodelage s’imposera en fonction des lumières des frères dont les contributions consolideront l’ouvrage, va s’articuler autour de trois axes.

Le premier axe, celui des généralités, fera sillonner le ciseau sur la circonférence et donc les contours extérieurs, visibles, des caractéristiques de l’Information et celles de la Connaissance à travers notamment  leurs différentes acceptions terminologiques. Le deuxième axe, plus substantiel, reflétera la densité des matériaux de la colonne en analysant les rapports et les distorsions  qui peuvent être identifiées entre les concepts d’Information et ceux de la Connaissance, objet du travail philosophique proposé à notre réflexion. La troisième partie, plus interactive, figurera l’axe sociétal, abordant un sujet d'actualité comme  rampe de lancement au débat qui s’ensuivra à partir des éléments de réponse à l’interrogation suivante : la Société de l’Information peut-elle contribuer à la réduction de la pauvreté ?

La méditation et la recherche ne se justifient pleinement que lorsqu’elles véhiculent des concepts applicables et utiles à l’amélioration de notre société. Il importe donc en effet de poursuivre au dehors l’œuvre commencée dans nos temples, en veillant bien sur de ne pas exposer au regard des profanes une  lumière trop vive qui n’aurait comme résultat que de les aveugler encore plus. C’est donc en définitif au  vécu quotidien dans leurs sphères respectives de décision et d’influence que doit rayonner l’action des chercheurs sur le chemin du perfectionnement afin que «  L’Ordre maçonnique puisse  figurer l’Humanité, en marche vers  la plus grande gloire de l’Homme » selon une expression empruntée à l’illustre frère Raoul Berteaux.

 

L’ Information comme valeur identitaire et vecteur du savoir.

L’Information, mot provenant du latin ‘informatio’, est par définition dans sa connotation juridique que nous écarterons de notre propos, la preuve d’une infraction et est assimilée à l’instruction d’une affaire ou d’une enquête.

Il existe dans la vie courante plusieurs autres significations familières, l’information est l’action d’informer ou de tenir informé, c’est la communication de toute donnée aux fins de diffusion, publique ou individuelle. On parle  des informations comme des nouvelles pour définir les journaux radiotélévisés appelés encore actualités ou en général des reportages relatant les faits  de la vie socio-politique et économique d’un pays, ou alors dans la presse écrite,  tous les articles, les dépêches, rapports et autres faits relatés par les journaux ou par des publications diverses.

Les informations représentent aussi l’ensemble des données utiles à un repérage ou expliquant un mode opératoire à un public devenu ainsi averti, et favoriser de la sorte toute prise de décision par la cible visée en toute connaissance de cause.

A ce niveau particulièrement mercantil, on parle bien plus souvent du déficit d’information, entraînant une cohorte de répercussions juridiques, surtout en cas d’atteinte à la santé morale ou physique du consommateur. Toutefois l’acception qui mérite notre attention pour le thème choisi sera plus technique. L’information est un élément, une donnée ou un système pouvant être transmis par un signal ou une combinaison de signaux. Cela nous réfère donc et renvoie à la science du traitement et de la transmission de l’information et à l’informatique.

Quelle que soit son utilisation finale, toute information à traiter nécessite un support idoine, un médium qui agira comme interface avec le public  ciblé. Ainsi naissent divers media dont la radiodiffusion, la télévision et  la presse écrite, autant de domaines, créant des paysages audiovisuels, dans lesquels vont exceller les technologies du traitement de l’Information appelées désormais TIC. C’est l’univers des mass media, qui fait graviter autour de la déclaration des droits de l’Homme, le  principe souverain du droit à l’information pour tout être humain et donc l’accès au  savoir !

La formidable avancée de l’automatisation du traitement de l’information.

L’Informatique et l’alliance avec les techniques de transmission du signal que sont les  télécommunications  se trouvent ainsi englobées sous ce vocable de nouvelles technologies de l’information et de la communication, NTIC, auxquelles sont désormais évidemment rattachées toutes les formes de communication visuelle, sonores, orales ou écrites ainsi que les procédés d’archivage ou de reproduction. Les NTICs vont bénéficier progressivement  des efforts d’une normalisation mondiale en matière de vulgarisation des supports. Ce processus global est appelé convergence dans les milieux techniques, car la convergence naît de la numérisation progressive de tous les supports de transmission concomitamment à celui du traitement des données. Ce qui pour les sociologues fait entrer la société dans une nouvelle ère, celle du  tout Numérique. Ainsi la TNT, pour citer un exemple, télévision numérique terrestre point à l’horizon et couvrira, à un rythme de croisière librement choisi par leurs autorités, les besoins respectifs de chaque pays. Pour les nostalgiques de l’époque du Télex, qui se sont certes habitués au Fax, et qui aujourd’hui se contentent d’envoyer des courriels ( e-mail), il va falloir ranger tous les tubes cathodiques au musée et s’équiper d’écrans LCD ou  Plasma !

Vaste programme, mes frères, mais pas d’affolement, le marché et les lois perpétuelles de l’offre et de la demande nous y plieront.

Une fois décrit sommairement l’espace dans lequel nous allons virtuellement naviguer, car nous sommes tous, aujourd’hui des Internautes imbibés et plongés dans cette Société de l’Information, que peut donc nous inspirer une telle et disponible quantité d’information, de toute nature et ce à tout moment ?

Un premier examen conclura vite à la fantastique liberté d’action, à l’exercice de notre droit d’être informé. Mais tout ce processus évidemment nécessite des garde-fous pour éviter les utilisations abusives, voire criminelles.

Cependant, l’homme communique t-il vraiment plus ou se noie t-il dans une fiction, dans une virtualité qui l’emprisonne et de ce fait le prive de liberté, notamment sa liberté d’analyse et sa capacité de jugement au vu de la célérité avec laquelle se succèdent les évènements dans un monde qui vit toujours plus vite, et qui semble avoir oublier que l’homme, être avant tout sociable, se doit de marquer des pauses afin de réfléchir sur la finalité de son destin et construire ainsi son bonheur.

Dans l’Homme Symbiotique, (Edition du seuil 1995) Joël de Rosnay démontre avec effroi que nous sommes tous devenus ‘tatanophyles’. Les informations portées à notre connaissance cherchent avant tout à nous émouvoir. Elles déclinent les accidents, incidents, tragédies et nombre de victimes, reléguant bien souvent les données considérées comme de bonnes nouvelles, positives et agréables pour notre mental et notre bonne humeur au second plan. L’auteur démontre dans une partie de son ouvrage que la société dans laquelle nous vivons influe et impacte directement sur notre santé mentale et physique et que les causes de mortalité liées au cancer et aux maladies circulatoires sont le reflet de notre propre mobilité terrestre. Les accidents de circulation révèlent les mêmes symptômes, qu' il s’agisse de la circulation sanguine dans notre corps ou de la circulation routière dans notre environnement au vu de nombreux bouchons et blocages du trafic dits embouteillages que nous subissons.

Le constat du taux de mortalité dû aux cancers et aux A.V.C. semble confirmer son analyse malgré les progrès de la médecine moderne!

On peut alors s’interroger, au vu des progrès scientifiques et des avancées dans ce qui est appelé développement, l’espèce humaine a-t-elle beaucoup changé? La multiplicité des guerres et conflits, nonobstant les moyens modernes de transport et de communication qui devraient ouvrir toujours plus grandes les possibilités de dialogue et de concertation nous laisse penser que l’Homme reste cet animal métaphysique, et seul véritable loup pour l’Homme.

Tout se passe comme si, héritiers de la conscience collective de nos prédécesseurs, nous aimions à entretenir  une Phèdre ou une Iphigénie des tragédies gréco-raciniennes  dans notre subconscient en nous laissant porter vers toujours plus de tragique, même si ce 20e siècle a pu briller de mille feux dans la variété et l’explosion des divertissements et des loisirs.

Au vu des contraintes que va nous poser cette société de l’information numérique, est-il encore possible de trouver un espace privatif afin de se fonder un avis raisonné au lieu d’être un relais, une caisse de résonance amplificatrice d’idées ou de données reçues ? Pensons-nous être encore des acteurs de notre société ou alors siégeons-nous majestueusement sur des strapontins en spectateurs médusés ou abusés ?

De Rosnay, dans une vision futuriste du 3e millénaire définit les concepts du nouvel espace et les mutations nécessaires pour l’homme ‘symbiotique’ devenu élément et acteur d’une culture fractale. Dans cet univers particulier ou apprendre deviendra synonyme d’éliminer et qu’il dénomme, le Cybionte, l’information se mue en notion de temps potentiel, de temps court ou long. Mais le plus important à retenir est la formidable habileté de l’homme, ce génie individuel, mais hélas idiot collectif, dit-il, à se bâtir de nouvelles règles qui imposeront les valeurs d’un nouvel humanisme.

En fait, c’est tout le fondement de l’exercice de penser qui doit être revisité, il va falloir s’habituer non pas à posséder le savoir, tel que le souhaitait Rabelais en voulant faire de l’homme un abîme de science, mais plutôt acquérir les bonnes méthodes pour localiser ce savoir  gigantesque et le trouver le plus rapidement là où il est stocké et disponible, répondant ainsi plutôt en faveur de la tête bien faite tel que prônée par  Montaigne. L’effort nécessaire pour obtenir  un  savoir et le mémoriser est de nos jours substitué par les démarches nécessaires à la localisation et à la recherche de l’information qui constitue ce savoir. Prenons l’exemple, simplifié à l’extrême, de l’application du GPS dans la circulation routière. Le système de navigation  par satellite qui facilite amplement le travail et l’attention du conducteur le limite à des tâches d’exécution élémentaires telles tourner à gauche ou à droite ! Le potentiel du chauffeur pourra et devra en conséquence être utilisé  à d’autres fonctions. Par raisonnement inductif, les interrogations successives nous permettent de mettre en exergue les balbutiements et les hésitations des réformes pédagogiques de l’Enseignement et de l’éducation en général qui doit précéder le mouvement afin de réaliser ce véritable changement mental auprès des générations futures.

Ainsi donc on peut conclure sur ce point que l’Information est perçue comme la particule constituante la plus élémentaire du savoir tel un atome ou un quark par rapport à la matière ! Elle est toutefois  palpable, décelable, mesurable, quantifiable, bref rationnellement et objectivement existante. Ainsi, le progrès peut se mesurer par une acuité toujours plus aiguë du savoir, par  un souci infinitésimal du constituant, des composantes ou du fonctionnement. Les idées novatrices et la recherche pointue ajouteront toujours plus de détails et donc toujours plus de données explicatives à stocker  à traiter ou à divulguer voire à diffuser et à transmettre, à léguer aux générations suivantes.

Mais cette accumulation de savoir, dans tous les cas de figure, qu’ il soit appris et mémorisé ou qu’ il soit disponible par d’autres moyens mène t-elle à la Connaissance ?

Il nous faut  buriner les contours de cette question que se pose chaque initié, en prenant soin au  préalable  de restituer les définitions et les acceptions et concepts associés au terme ‘Connaissance’.

 

La Connaissance et les clés des portes de la transcendance.

La Connaissance, mot provenant  de ‘conoissance’ en vieux français est par définition la fait ou la manière de connaître, terme issu du latin ‘cognoscere’. Cette notion est vaste et les acceptions du verbe connaître ont successivement  trait à la conscience, à la compréhension, à la représentation. Connaître évoque aussi le discernement, l’entendement, voire l’intelligence. Mais en fait, la connaissance exprime souvent ce que l’on sait dans la vie courante. Bien entendu le pluriel de ce terme, les connaissances, nous ramènent à la notion de savoir et donc d’information. Toutes ces définitions académiques ou littéraires y compris la notion de rencontre afin de disposer d’élément sur un individu, tel que traduit par l’expression faire connaissance, ne rejoignent pas l’objet d’une recherche philanthropique.

Reste alors à pousser les investigations sur la Connaissance définie singulièrement comme la compréhension du fondement et de la finalité de la présence et les mystères de  la vie et  la place de l’Homme dans  l’Univers.

Selon certains chercheurs, il existerait quatre plans de connaissance. Les quatre manières de « connaître » seraient issues des binômes abstrait/concret et individuel / collectif. Il y a ainsi une connaissance analytique, une connaissance systémique, une connaissance symbolique et une connaissance transcendantale.

De plus, chacun de ces quatre plans de connaissance fait référence à un formalisme spécifique.

La connaissance analytique met l’accent sur l’observation et la description, la connaissance « écologique ou systémique » décode les interactions  des objets. La connaissance symbolique en revanche décrypte le sens exprimé par la multiplicité des formes et enfin la connaissance transcendantale cherche à découvrir la nature des archétypes.

La connaissance scientifique est analytique. Elle s’efforce de découvrir l’identité objective du monde concret. La connaissance « écologique » dégage les lois qui lient ensemble des matériaux concrets. C'est le domaine de l'analyse systémique avec ses boucles de rétroactions. Ces deux modalités rejoignent le Savoir et l’Information et répondent à la question COMMENT ?  Elles reposent sur les notions concrètes individuelles ou collectives de l’Information.

La connaissance dite symbolique et la connaissance dite transcendantale, qui constituent le domaine de prédilection de la maçonnerie spéculative traitent d'une réalité abstraite interagissant sur la psyché individuelle et collective et tentent de répondre à la question POURQUOI ? Il s’agit du monde de  la Connaissance avec C, monde gnostique  de la signification, là où les grands mythes de l'humanité tirent leur origine, là où les êtres vont puiser leur inspiration, et que je qualifierai comme la Source Principielle, creuset universel et intemporel de l’Idée.

La composante symbolique se résume à penser l’Homme et à donner du sens à la vie humaine. Elle perçoit ce qui est derrière la forme pour révéler son sens caché et émane bien souvent de l’étude des symboles. La connaissance transcendantale tente de décrypter comment la partie se relie à un plus grand tout en  intégrant l’homme dans l’Univers.  Elle met l’homme, cette pierre sans cesse à polir, en rapport avec sa destination finale. La composante transcendantale transforme l'être afin de le relier plus efficacement aux autres niveaux de réalité et referme ainsi le grand cercle de la tradition  figurée par l’Ouroboros. On peut aussi extrapoler et se projeter dans ce cercle infini par l’effet de la courbure de l’univers et ayant pour rayon l’échelle mystique de Jacob.

Ainsi, la correspondance, l’équivalence entre le microcosme, la structure de l’Homme, et le Macrocosme, celle de l’Univers sont mis en évidence afin que l’initié puisse appréhender la place réelle de l’homme dans la Création et ainsi comprendre sa destination finale. Le postulat « Tout ce qui est en haut est comme ce qui est en bas » peut alors trouver un signifiant dans la mesure où ce qui est en bas fait l’objet d’inlassables investigations qui ont pour finalité de comprendre le rôle spécifique de l’Homme par l’appel  d'une transcendance, vis à vis d'un tout plus grand que lui, et lui permet de réfléchir également au rapport fonctionnel qu'il entretient avec les autres règnes de la nature. Donc, si l’information, le savoir ne requiert pas en tant que tel une portée symbolique car  essentiellement concrète, accéder à la Connaissance  nécessite un minimum de savoir et l’initié doit se nourrir de la substantifique moelle de l’information factuelle ou explicative car référentielle.

Le maçon doit pouvoir intégrer tout le savoir nécessaire à son approche gnostique aux fins d’une meilleure combustion lors de sa propulsion mystique.

La Connaissance semble alors se manifester comme la résultante des valeurs cognitives du subconscient collectif de l’Humanité, consolidé génération après génération. Ce pôle collectif permet de donner à l’Homme une dimension supplémentaire dans sa quête transcendantale de vérité, reconstituant ainsi son cordon ombilical ésotérique avec les fondements, l’origine et la finalité de la Vie. Cette recherche du lien avec l’infinitude n’a pas pour but l’immortalisation des réalisations humaines mais privilégie surtout le retour vers l’énergie principielle, source première de toute la Création qui constitue en fait la réelle destination de l’initié, lors de son passage à l’Orient Eternel.

En définitive, cela peut être synthétisé  comme la manifestation de cet autre chose de plus, qui fait que la somme de toutes les  composantes identitaires de l’Homme dépasse sa spécificité unitaire. Une supra conscience liée non pas à des facteurs mécaniques mais spirituels, résulte d’une ascèse qui désolidarise l’initié des contingences du corps physique pour rejoindre le corps astral doté de propriétés non quantifiables, je dirais même d’un PLASMA énergétique. Cette énergie illimitée qui s’évapore et se dilue dans les sphères  de notre Supra conscience constitue la matière première et finale, la Pierre philosophale des alchimistes, la Sophia, la Sagesse des peuplades de toutes les contrées dont les portes d’accès à la transcendance se ressemblent fort étrangement malgré les différences de rites et de rituels qu’ils pratiquent depuis l’origine des temps.

La Connaissance qui est Une et indivisible, ne peut s’appréhender que par annihilation de son ego, humilité face à sa destinée, acceptation de son humanitude et par l’inlassable recherche de son infinitude.

Accepter notre humanitude, mes frères, notre caractère humanoïde incluant donc notre animalité, suppose de revenir sans cesse de notre étoile astrale vers les réalités terrestres. Alors dans notre élan voulu de solidarité, en précurseurs et bâtisseurs de civilisations, quel sera notre apport spécifique dans cette nouvelle ère de l’aventure humaine, dans cette nouvelle société de l’Information? En particulier, comment porterons-nous notre message maçonnique d’altruisme, de générosité et d’amour en utilisant l’espérance nouvelle suscitée par cet essor des TICs dans la  lutte contre l’exclusion et la pauvreté afin de bâtir un monde meilleur?

C’est l’objet de notre débat de société de ce midi dont le thème d’actualité permettra d’appréhender la problématique ici introduite et dans le même temps  lever certaines inquiétudes afin de lancer une impulsion dynamique pour une action concrète au quotidien.

 

La Société de l’Information, les TICs et la lutte contre la pauvreté

La déclaration de principe, adoptée lors de la première phase du Sommet Mondial sur la Société de l’Information (SMSI) le 12 décembre 2003 à Genève, honoré de la participation effective des chefs d'État  et de Gouvernement parmi les délégations de 175 pays,  stipule entre autres dans les titres 1, 8 et 14 :

« Nous, représentants des peuples du monde, réunis à Genève du 10 au 12 décembre 2003 pour la première phase du Sommet mondial sur la société de l'information, proclamons notre volonté et notre détermination communes d'édifier une société de l’information à dimension humaine, inclusive et privilégiant le développement, une société de l'information, dans laquelle chacun ait la possibilité de créer, d'obtenir, d'utiliser et de partager l'information et le savoir et dans laquelle les individus, les communautés et les peuples puissent ainsi mettre en œuvre toutes leurs potentialités  en favorisant  leur développement durable et en améliorant leur qualité de vie, conformément aux buts et aux principes de la Charte des Nations Unies ainsi qu'en respectant pleinement et en mettant en œuvre la Déclaration universelle des droits de l'homme…

Nous reconnaissons que l'éducation, le savoir, l'information et la communication sont à la base du progrès, de l'esprit d'entreprise et du bien-être de l'être humain. Par ailleurs, les TIC ont  une incidence immense sur presque tous les aspects de notre vie. L'évolution rapide de ces technologies crée des occasions complètement nouvelles de parvenir à des niveaux de développement plus élevés. Leur capacité à réduire bon nombre d'obstacles classiques, notamment ceux que constituent le temps et la distance, permet pour la première fois dans l'histoire de faire bénéficier de leur potentiel des millions d'êtres humains dans toutes les régions du monde...

Nous sommes résolus à donner aux pauvres, tout particulièrement à ceux qui vivent dans des zones isolées ou rurales et dans des zones urbaines marginalisées, les moyens de devenir autonomes, d'accéder à l'information et d'utiliser les TIC comme outil dans les efforts qu'ils déploient pour s'arracher à la pauvreté. »

Par ailleurs, les objectifs du Millenium  et un certain nombre de directives et plans d’action adoptés par les différentes institutions de coopération internationale inscrivent la réduction de la pauvreté au rang des priorités des programmes des décennies à venir.

Face à l’éclosion exponentielle d’initiatives pensant faire des TICs la panacée pour résoudre de manière durable les maux inhérents au sous-développement en général, et face aux enjeux financiers et économiques sous tendus par toutes ces actions, on peut raisonnablement se demander si une fois de plus la Communauté internationale et les organismes des Nations Unies n’en resteront pas au stade du discours et des déclarations de bonne conscience, faute de motivation réelle et de volonté politique forte pour une mise en chantier de réalisations concrètes dans le sens de la solidarité humaine et du partage.

Est-il réaliste de penser que l’accès à la toile (Internet) ou la présence de centres  communautaires d’accès à l’information par les technologies appropriées dans les endroits les plus isolés de la planète aidera sensiblement à réduire la pauvreté ?

Sans nul doute la mise à disposition de ces outils permettra de réduire ce qui est appelé la fracture numérique, qui de toute façon n’est que la continuité d’une fracture technologique qui existe depuis toujours, marquant les différences essentielles entre les régions d’un même pays mais certainement plus lisible entre l’essor des pays dits développés et le sort des autres pays dits pauvres.

La pauvreté, perçue globalement comme faiblesse du pouvoir d’achat et donc essentiellement l’impossibilité de subvenir à des besoins immédiats et prioritaires (nutrition, santé, éducation) est bien souvent imposée aux indigents, aux villageois et aux peuplades autochtones par exclusion d’un système donné. Elle est due à la rareté d’opportunités égalitaires qui trouvent écho dans l’origine même des inégalités dont des penseurs, dont KANT, ont discouru, mais elle culmine soit par démission des pouvoirs publics, soit en fait plus simplement par égoïsme des uns et démotivation des autres et cela quelles que soient les formules idéologiques nous ramenant sans cesse au couple moteur exploitant-exploité et à leurs différentes ramifications sociétales.

Allant plus loin dans ce questionnement on serait tenté d’approfondir la réflexion sur pauvreté et bonheur, développement et finalité de l’accomplissement de l’être humain sur terre. Car en effet derrière les ‘success stories’, appréciées par le grand public et les media qui contribuent à faire sortir de l’anonymat quelques peuplades ou quelques couches défavorisées de certaines populations, se pose toujours le même dilemme : La conciliation entre les valeurs identitaires traditionnelles des peuples et l’accès sans freins au modernisme ne risque t- elle pas de dénaturer leur propre existence ? .

Et puisque l’égoïsme naturel de l’homme agite toujours le même spectre et fait frissonner la même fibre quotidienne de l’aspiration légitime à un mieux vivre, ce progrès synonyme de développement qui doit participer à notre bonheur  nous rend-t-il plus heureux?

Devons-nous être de simples consommateurs manipulés par une mécanique mercantile pilotée par les seuls intérêts économiques ? Quel est l’intérêt de la Société de l’Information  si chacun ne prend pas concomitamment les rôles d’acteur et de spectateur ? Une SI unidirectionnelle intégrera t- elle à son processus les ralentissements imposés par les lourdeurs psychosociologiques du plus grand nombre ? 

A ce stade, il me semble important de poser des préalables, et la première conditionnalité est évidemment celle de donner un STATUT à cette société de l’Information afin que les ayants parts puissent avoir des rôles précis exerçant respectivement les pouvoirs et les contrepouvoirs respectifs selon des règles établies et acceptées par tous. Notamment il faut bien circonscrire le rôle de la composante Société Civile afin d’éviter des débordements. C’est ainsi que les notions de bonne gouvernance et de démocratie se trouvent diluées parmi les postulats mais ce sont des mesures difficilement contrôlables dans la pratique au vu du principe de  non-ingérence ou face à la libre et autodétermination des peuples, bref à l’exécution même de la Charte des Nations Unies.

Focalisant le propos sur les TICs, la réduction de la fracture numérique n’a de sens que dans un processus intégré de développement avec la consultation effective si ce n’est le consentement minimal de toutes les parties impliquées. Eau potable, électricité, alimentation de base, santé primaire restent encore des écueils trop visibles et demeureront des priorités avant que de faire des technologies de l’information un cheval de bataille contre la pauvreté.

Tous les programmes des dernières décennies planifient et exhortent les gouvernements respectifs et la communauté internationale à la résorption de ces inégalités criardes dans les pays et à l’inlassable exécution d’un effort collectif. Hélas, tous ces plans semblent caricaturer de belles lettres inscrites dans le sable d’un aride désert irréversible, celui de la manipulation politique dont les vents tournants des conflits d’intérêt effacent mot après mot les si nobles intentions arrachées au prix d’une extraordinaire, onéreuse et laborieuse coopération internationale.

La pauvreté semble entretenue comme  système de gestion et de dépendance économique et politique. Quelle est la finalité d’une entreprise qui licencie ses employés les condamnant à une paupérisation et ferme ses activités uniquement pour présenter de meilleurs profits ? Aider des minorités à sortir de leur pauvreté et de leur illettrisme, de leur ignorance les rendraient plus aptes à réclamer des comptes aux pouvoirs et aux hiérarchies établies !

Qui détient l’information détient le pouvoir dit-on ! La presse constitue aujourd’hui le 5eme pouvoir, qu’en est-t-il des persécutions des journalistes, principaux dénonciateurs des vices de la société ?

La liberté de la presse figure aussi comme postulat de la SI.

Le  débat posé ici s’annonce sociologique, car il sera plus dynamique qu’un débat politique toujours orienté et partisan. Mais il porte en lui une connotation philanthropique qui nous interpelle.

En ce qui concerne la SI, force est de reconnaître que l’accès libre à l’information est  l’accès à une formidable source de savoir.

En ce sens il suffit de considérer la pauvreté comme une composante essentielle de l’Ignorance et lutter contre la pauvreté devient de facto un Devoir pour le Franc-Maçon. Il nous faut donc agir dans la cité à tous les niveaux de responsabilité afin que la préoccupation philanthropique qui anime le Franc-Maçon aboutisse à une prise en charge pratique de certaines  idées mûries en toute impartialité et à une considération de la force de proposition que constitue la Franc-Maçonnerie, ce laboratoire d’idées qui se veulent  libérales, progressives et surtout humanistes.

La SI affranchit les frontières et raccourcit le temps, elle constitue un espace polymorphe afin que tous soient concernés par le monde dans lequel ils vivent. La société civile, le secteur privé, les gouvernants et les gouvernés sont assis en face d’un même instrument qui doit pouvoir mesurer les libertés individuelles et collectives tout en sauvegardant le tissu social des maux résultant de l’atteinte à la sécurité des personnes et aux biens d’autrui. Vaste ambition, mais saine ambition, car la flamme qui éclaire même faiblement les ténèbres de l’obscurantisme, s’accroît  à mesure que se conscientise la vie publique et que les citoyens mieux informés, plus instruits, accèdent à  leur désir permanent de Justice et d’équité. 

La pauvreté n’est hélas pas que matérielle. Il faut nécessairement en identifier et extirper la substance psychologique et intellectuelle, voire psychosomatique. Le cycle fermé de la misère autorise peu de voies de sorties et engendre une plus grande pauvreté. La pauvreté mentale, celle qui sème le spectre du désintéressement et du découragement. Celle qui considère que tout combat est perdu d’avance.

Celle qui éteint les flammes de l’espérance et qui annihile le désir du mieux vivre, désir qui constitue la première sensation du désir de perfection.

Abolition de l’esclavage, droits de l’homme, laïcité autant de mutations dont les Francs-Maçons, précurseurs de la pensée sont les initiateurs, demeurent  des combats de chaque jour. Le pavé mosaïque  interpelle le maçon. Dans un monde au rythme de croissance effrénée, l’impérieuse nécessité de recentrer le débat sur l’Homme doit tenir compte des facteurs temporels.

A cet effet, les objectifs déclinés par tous les programmes comportent évidemment des dates butoirs, car l’homme a besoin de se fixer des objectifs afin de mettre en adéquation les moyens pour les atteindre. Mais cette visibilité ne doit pas au vu des difficultés rencontrées, et des obstacles à franchir, décourager une action qui se veut permanente, si tant il s’agit de l’amélioration de la condition humaine. Le développement est un processus logarithmique et non exponentiel. Il doit être maîtrisé et intégré.

La S.I. offre une formidable occasion aux Francs-Maçons de s’impliquer davantage comme modérateurs de la société dans ce débat dont les enjeux sur l’Humanité sont souvent étouffés par les enjeux économiques et commerciaux.

Réduire la pauvreté pour un Franc-Maçon, c’est se battre pour donner une chance et une opportunité à tout homme de prendre sa place dans l’Univers afin qu’il  y joue son rôle.

Le maçon sublime et glorifie la création qui est pour lui amour et manifestation de la vérité.

Le Franc-Maçon ne se satisfait pas de béatitudes, il les transcende, car il est à la recherche de la Connaissance qui est UNE et le cheminement vers cette connaissance l’éloigne de la pauvreté mentale car il sait que la recherche de la vérité est l’un des chemins du bonheur.

 

Conclusion

Quelle est la part du mythe?  Quel est le constat de la  réalité? Je renvois au mythe bien connu de Sisyphe et à l’action permanente du Prométhée que nous devons être!

Le SMSI a donné pour la première fois une plate-forme conviviale où les intérêts de tous sont effectivement représentés.

Le programme de travail assigné dans le plan d’action est immense et porteur d’espoir. Les résultats du Sommet seront à la mesure de la réactivité de tous les acteurs pour la recherche permanente d’un équilibre entre ceux qui détiennent la technologie et ceux qui se contenteront de l’utiliser. Mais réduire la pauvreté dans un  espace géographique donné suppose des mesures courageuses de la part des gouvernants afin qu’un effort collectif soit entrepris pour réduire les inégalités. La pauvreté en effet existe aussi dans les pays développés, mais quels que soient les efforts fournis par les pays dits riches, les pays dits pauvres doivent tout en tendant la main et en faisant appel à la générosité mondiale, chercher l’énergie motivante en leur sein et se donner les moyens de participer pleinement car leur apport même modeste est précieux et encourageant.

Aide-toi et le Ciel t’aidera dit l’adage !

Je n’ai pu résister à la tentation de partager avec vous les informations suivantes provenant d’un rapport publié cette semaine par la Banque mondiale et le FMI: « L'Afrique reste exclue des progrès en matière de réduction de la pauvreté, même si l'essor de la Chine et de l'Inde permettra au bout du compte de diviser par deux le nombre de pauvres dans le monde, un des objectifs de l'ONU pour 2015.… Il n'y va pas seulement de l'espoir pour des centaines de millions de gens d'échapper à la pauvreté, la maladie et l'illettrisme, mais également des perspectives de paix et de sécurité mondiale à long terme, des objectifs intimement liés au développement… Pour y remédier, il faut que les pays riches doublent leur aide directe dans les 5 ans à venir. Cela représente un effort d'à peine 0,2% du PIB de la plupart des pays riches… Mais pour vraiment décoller durablement le continent africain va devoir approfondir ses programmes de réforme, faciliter l'investissement privé et améliorer les méthodes de gouvernement».

Dans un village devenu planétaire, tous les citoyens sont vulnérables de la même façon aux maux de la S.I., la cybercriminalité ne sera qu’un fléau de plus à  combattre qui viendra se rajouter aux diverses pandémies virales ou non qui infectent le monde entier, mettant toujours en péril l’espèce humaine.

Notre idéal de JUSTICE  s’accomplit dans  le combat perpétuel contre toutes les manifestations de l’inégalité, en particulier  celle de ne pas donner à tous une même chance de sortir du chaos, provoquant ainsi des jalousies. Car de la jalousie et des comparaisons entre les peuples naissent les frustrations qui engendrent les ambitions démesurées lesquelles génèrent les conflits. Le mythe d’Hiram se dessine en arrière plan et bien entendu les mythes successifs de vengeance, de pardon et d’Amour qui vont lui succéder nous confortent dans la poursuite de notre chemin vers le perfectionnement.

Ainsi donc, on constate que le temps à consacrer à  la maîtrise des technologies pour les pays pauvres demande souvent le lancement d’une révolution culturelle et sociologique profonde et dans le même temps les peuples souhaitent bien entendu, conserver leurs valeurs identitaires, leurs modes de vie ou leurs traditions et entendent conserver leur parcelle de dignité. Il faut donc mener des conciliations permanentes, opérer des choix souvent difficiles mais qui hélas sont aujourd’hui plus guidés par la compétitivité internationale et par les lois du marché au détriment bien souvent du bonheur des populations.

La SI  semble un navire en croisière sur l’océan mythique de justice et d’équité  ballotté  par les intempéries des réalités quotidiennes de la paupérisation. Le bateau va t-il sombrer ? Il faut pour répondre à cette question ne jamais négliger la formidable capacité d’adaptation de l’homme. Comment mesurer l’échec d’une entreprise aussi colossale pour l’humanité quand la moindre avancée, le moindre petit pas sincère vers l’autre constitue déjà en soi une petite victoire ?

Le résultat de l’exercice proviendra toujours d’une sommation de certaines réussites et de certains échecs. En somme l’échec si toutefois il peut être mesuré ne sera jamais collectif mais dilué dans ce qui se résumerait pour moi finalement en une simple Inégalité de plus, quand bien même elle serait, cette fois ci, Numérique.


 

LE CIVISME EST-IL UNE VALEUR DEPASSEE ?

 

A la question de savoir si le civisme est une valeur dépassée, je répondrai

par la négative : non, le civisme n’est pas une valeur dépassée. Considérée

sous l’angle profane et à plus forte raison sous l’angle maçonnique, le

civisme, de manière générale et en particulier dans les temps que nous

vivons, est plus que jamais nécessaire à promouvoir, à pratiquer et à

inculquer.

 

Pour traiter de la question et en donner des fondements solides, je

définirai d’abord le civisme ; je dirai ensuite pourquoi le civisme constitue

une valeur à développer ; je dirai en troisième lieu quelques mots sur ce

qui caractérise les temps que nous vivons ; je montrerai ensuite pourquoi

le civisme, en tant que valeur, n’est pas dépassé et pourquoi, dans les

temps où nous vivons, il est plus que jamais nécessaire de le défendre et de

le promouvoir. Enfin, j’expliquerai en quelques mots pourquoi les Francs

Maçons sont bien placés pour incarner et défendre le civisme.

 

I.                   Qu’est ce que le civisme ?

 

Le civisme se rapporte au terme citoyen, à son rôle social et politique.

Avoir une conduite civique, c’est manifester du dévouement envers la

collectivité, du respect et de la révérence à l’endroit des autorités civiles et

politiques. Dans une République, le civisme c’est le respect des lois et des

valeurs qui la fondent. Plus généralement, dans un Etat de droit c’est le

respect des lois et de l’Etat qui applique et respecte les droits.

 

Dans le terme civisme, il y a la notion de citoyenneté, qui signifie l’exercice

des droits politiques, le respect des lois et la soumission aux autorités. Mais

il y a également la notion de civilité qui se définit par le respect des règles

du « bien vivre ensemble », ce qui implique le respect et l’intériorisation

des codes du « savoir-vivre » et du « vivre ensemble ». Le civisme c’est

donc le respect et le dévouement à l'égard de la « chose publique ». En tant

que tel il relève de la sphère publique, de la vertu publique.

 

Le civisme, ce sont aussi les rapports qu’on entretient avec les membres de la société,

les rapports entre individus dans la sphère privée. C’est la vertu privée.

Le civisme, ce sont à la fois les obligations politiques et le respect des

autorités ainsi que les exigences du respect des règles du vivre en commun,

sans lesquelles la vie en société serait impossible ou dramatiquement

violente ou arbitraire. La notion de civilité est importante car même si des

individus n’ont pas des droits politiques, ce qui est le cas des étrangers, ils

doivent cependant faire preuve de dévouement pour la chose publique et

respecter un certain code du vivre ensemble, sans lequel une société

deviendrait invivable.

 

II.                 Pourquoi le civisme est-il en soi une valeur ?

 

Parler de vertu et de respect politique, voire de soumission à l’égard des

autorités civiles et politiques pourrait conduire à interpréter le civisme

comme un acte de piété, voire de conservatisme à l'égard des puissances

publiques. Or il n'en est pas ainsi. Le dévouement à la chose publique,

strictement entendu, ne peut être que le dévouement à la République.

Autrement dit, le civisme se définit par le respect des droits et des

obligations de la citoyenneté. Il suppose donc l'existence de celle-ci. Or la

citoyenneté n'est pas seulement un statut; elle s'institue et se pratique. Le

civisme est la qualité propre à cette institution et cette pratique. Voter, en

République, c'est prendre une décision politique, contribuer à instaurer, à

définir et à déterminer la chose publique. Le civisme n'est donc pas

conservateur, mais « instaurateur »; il est instituant et critique. Précisément, le

premier exercice civique est l'intérêt rationnel pour la chose publique; le

civisme est l'action rationnelle en faveur de l'intérêt public. Sa première leçon

est: respecter les puissances publiques c'est d'abord les instituer, les

contrôler, et les soumettre à la critique raisonnée.

 

De plus, le civisme n'engage pas seulement une relation « verticale » du

citoyen à l'égard des autorités politiques ; il est aussi une relation

« horizontale » entre les citoyens. Les deux rapports s'impliquent

réciproquement. Contribuer à faire respecter les droits de certains et, par

conséquent, contribuer à obliger certains autres à respecter leurs

obligations, c'est travailler indissolublement pour les citoyens et pour l'Etat

garant des droits et des obligations. Le civisme est dynamique: il oeuvre à la

pratique effective des droits et des obligations des citoyens et travaille ainsi

à instaurer la justice politique.

 

On voit de la sorte que le civisme non seulement n'est pas conservateur,

mais n'est pas nécessairement pacifiant, en ce sens qu’il appelle le débat et

la critique. Son exercice peut être polémique car il se nourrit de la distinction

entre légalité et légitimité politique. La légalité est le fait que des lois soient

promulguées par un Etat ; la légitimité est le fait que les autorités

politiques agissent en fonction de l’intérêt des citoyens. Le civisme peut

fonder une lutte contre des lois illégitimes ou contraires aux droits de

l’Homme, voire contraires à l’intérêt général, telle que la population et ses

représentants le définissent. L'objection de conscience, par exemple, manifeste

que cette détermination de l’intérêt général est parfois malaisée et sujette à

débat. Refuser de porter les armes et de s'y exercer, est-ce faire preuve de

civisme ou d'incivisme? L’objection de conscience peut être une

manifestation du civisme dans la mesure où elle est fondée sur la

conviction que l’armée peut conduire à la guerre et la guerre peut tuer et

tuer est contraire aux convictions religieuses de certains citoyens. Faut-il

encore que dans ce cas, l’objecteur accepte d’accomplir une tâche

compensatoire civique, et ne profite pas de l’objection de conscience pour

vaquer à ses affaires privées.

 

Le civisme - pratique instituante, dynamique et problématique de la

citoyenneté - émancipe le sujet politique car il le délivre de son statut de

simple usager ou de consommateur de droits. Il le responsabilise en l'élevant à

la conscience de son rôle dans la cité. En effet, il définit une éthique de la

responsabilité politique fondée sur une éthique de la conviction:

c’est l'exigence qu’en fonction de la conception qu’il se fait de son rôle et de ce qui est

exigé de lui, l’individu doit toujours répondre de sa qualité de citoyen. Le

civisme est ainsi la reconnaissance pratique du fait que la citoyenneté est

une tâche qu'il faut toujours accomplir dans une interrogation constante :

comment agir en bon citoyen ; comment faire en sorte que mes choix vont

dans le sens de l’intérêt général !

 

Le civisme comme nous l’avons défini au début implique que chaque

citoyen doit consacrer une partie de son temps à sa propre émancipation

intellectuel par le moyen des lectures et du travail sur soi, condition de la

citoyenneté. Il doit également se consacrer à oeuvrer à l’émancipation

intellectuelle des autres, de ceux qui sont autour de lui. Que vaudrait

l’émancipation de soi si elle ne s’accompagnait de l’émancipation des

autres. Il faut, à cet égard, essayer de partager les convictions que nous

avons, sans chercher à les imposer aux autres.

 

Sur ce point, il est important de se garder de tout paternalisme et de tout

propagandisme : nul ne sait ce qu’est la vérité en matière sociale ou

politique; chacun a sa vérité sur telle ou telle sujet social, politique ou autre.

Celui qui pense avoir trouvé la vérité ne doit pas vouloir l’imposer aux

autres. En revanche, c’est la méthode avec laquelle on est arrivé à telle ou

telle vérité qui peut être communiquée. Dans la culture chinoise

confucéenne, il est dit: on ne doit pas donner aux citoyens des poissons

tous cuits qu’on a choisis pour eux, mais on doit leur apprendre à pêcher ;

on doit leur apprendre la méthode pour y arriver. Ce qu’ils pêcheront et ce

qu’ils mangeront, c’est leur affaire. On ne doit pas inculquer des vérités

toutes prêtes à être consommées ; on doit transmettre la méthode de

travail pour y arriver à telle ou telle vérité.

 

Le civisme implique le respect et l’application des droits et le respect des

libertés. Dans un Etat de droit, garant des libertés, chaque citoyen doit,

entre autre, défendre la liberté de conscience et de croyance tout en étant

conscient que les individus dans une société donnée peuvent avoir des

croyances religieuses, morales ou politiques différentes. C’est le principe

du pluralisme. Il ne s’agit donc pas de lutter contre ces différences, mais

au contraire de les rendre possible et les faire coexister.

 

Le civisme signifie que la conception que chaque membre de la société

peut avoir de la liberté de conscience et de croyance ne doit pas être une

conception inconditionnelle. La liberté est limitée par des contraintes et

des obligations, y compris l’obligation de respecter la liberté de l’autre. Par

ailleurs, la liberté de conscience y compris la liberté religieuse doit prendre

en compte la mesure et la tempérance. Vouloir revendiquer la liberté de

croyance religieuse, par exemple, sans modération et en cherchant à

afficher de manière ostentatoire nos propres croyances, ce sont des

conduites qui peuvent constituer une menace et un danger pour la société.

La liberté de conscience et de croyance doit s’accompagner d’un sentiment

du devoir et du sentiment de responsabilité par rapport à la société. Il n’y a

pas de liberté sans responsabilité et sans sentiment du devoir qui nous

oblige à une certaine tempérance et à une certaine modération dans la

manifestation ou l’expression de nos sentiments, de nos croyances

religieuses ou de nos convictions politiques.

 

C’est le souci du Bien commun qui doit l’emporter, là où le souci des intérêts

privés ou des convictions personnelles risquent de s’imposer. La liberté

n’est pas l’anarchie et la tolérance ne doit pas signifier l’indifférence. Le

civisme signifie que nous devons être tolérants à l’égard de ceux qui sont

tolérants ; on ne doit pas l’être de manière absolue. De même que la

tolérance doit régner dans la société, celle-ci doit savoir être exigeante à

l’égard de ceux qui veulent sa destruction du fait de comportements

ostentatoires ou délibérément provocateurs. Etre libre, c’est cultiver sa

différence, mais cela peut être aussi une manière de choquer, de provoquer

ou d’agresser les autres. Le civisme exige la tempérance, la discrétion et le

respect, condition du vivre ensemble.

 

Le civisme implique également que tout citoyen doit oeuvrer pour la paix

et la concorde dans son pays ou dans le pays qui l’accueille. Il doit faire en

sorte de ne pas choquer, ni provoquer ni agresser les autres. Il doit faire en

sorte que la paix et la sérénité règnent là où il se trouve. Nous savons que

par nos actes ou par nos paroles, voire par nos exigences inconsidérées ou

déraisonnables, nous pouvons provoquer les autres au point de les rendre

intolérants. Par nos attitudes et nos comportements, on peut parfois

offusquer, voire choquer; on peut empiéter sur le domaine des autres et

ainsi provoquer une réaction en retour. Et c’est donc la chaîne infernale de

l’escalade qui conduit à la violence et à la destruction.

 

Le citoyen ou tout simplement une personne dans une société donnée doit

exercer sa responsabilité dans la tempérance. A trop vouloir s’imposer aux

autres ; à trop vouloir faire triompher les valeurs d’une petite communauté

au sein de la société, on risque de provoquer ou de choquer les autres

petites communautés qui pourraient se sentir menacées et réagir en

conséquence. Le souci de promouvoir et de sauvegarder la paix doit être le

souci quotidien de chaque citoyen, de chaque personne.

 

Que vaudrait la revendication d’exercer les droits individuels et les libertés,

si la société n’est pas pacifiée. La pacification c’est la modération des

exigences et des revendications ; c’est également le respect de soi et des

autres ; c’est la loyauté vis-à-vis de soi et vis-à-vis des autres et vis-à-vis du

pays où on vit. La paix est utile à tous ; la violence est utile à certains et

nuisibles au plus grand nombre. Toute société tolérante est nécessairement

une société ouverte, mais qui doit faire fasse à des adversaires qui pour

une raison ou pour une autre veulent changer de société parfois par la

violence. C’est là que nous retrouvons la notion de civilité

.

Œuvrer pour la paix, ce n’est pas seulement agir à l’intérieur de la société

où nous vivons, mais c’est aussi promouvoir la compréhension et la

concorde entre les patries et les nations. Pour cela, le citoyen, là où il se

trouve, doit cultiver une image positive des autres peuples et des autres

cultures, même et compris quand ces peuples sont différents de nous et

que leurs cultures nous paraissent bizarres ou étranges, pour autant

qu’elles ne menacent pas notre culture. La compréhension, la tolérance et

l’ouverture sont des conditions de promotion de la paix.

On ne peut défendre notre culture sans nécessairement défendre les

valeurs qui fondent la société où nous sommes nés et nous avons vécus.

Cela signifie que le citoyen est nécessairement patriote ; il a

obligatoirement une idée de son pays et image positive de celui-ci.

Cependant, cette image ne doit conduire à développer une idée de

supériorité et de triomphalisme. Tout citoyen doit lutter contre le

nationalisme triomphaliste et arrogeant qui n’est qu’une perversion du

patriotisme. Il doit considérer les autres nations comme étant égales à la

sienne.

Sur la question du nationalisme, il faut distinguer le nationalisme du

patriotisme, qui est l’expression d’un sentiment et d’un attachement à

l’égard de l’endroit où on est né et où on a été élevé et où on a grandi. Le

patriotisme, c’est ce sentiment positif qu’on éprouve à l’égard d’un

territoire où on est né et ou on a longuement vécu et qui nous amène à

vouloir défendre son indépendance, voire sa survie, parfois au détriment

de notre propre vie. Penser, mes frères, aux résistants français pendant la

2e guerre mondiale et a certains de nos frères qui ont donné leur vie pour

la patrie ; penser à Jean Moulin en France, et à d’autres.

Le patriotisme n’est pas le nationalisme qui est un sentiment exacerbé du

patriotisme et qui procède d’une conception arrogante et impérialiste de

nous même et de la nation à laquelle nous appartenons. Le nationalisme,

dans ce qu’il peut avoir d’excessif, est une forme pathologique du

patriotisme. On peut faire l’éloge du patriotisme respectueux des autres

nations, et condamner le nationalisme excessif comme un danger pour les

sociétés car il peut les conduire à la destruction: penser au nazisme en

Allemagne et au fascisme en Italie.

 

Cette pratique de la citoyenneté nous oblige donc à distinguer le civisme

du « nationalisme ». Par exemple, respecter les lois antisémites édictées par

l'Allemagne nazie, ou les lois de l'Apartheid qui furent produites par

l'Afrique du Sud était peut-être faire preuve de nationalisme, mais certes

pas de civisme, puisque cette obéissance déterminait à bafouer l'égalité des

sujets, qui est au fondement de la politique républicaine. Autre exemple:

les fonctionnaires du régime de Vichy qui respectaient l'Etat français

appliquaient la politique antisémite de ses dirigeants; s'il est douteux qu'ils

aient fait preuve de nationalisme, il est certain qu'ils ne manifestaient

aucun civisme en bafouant les principes de la citoyenneté. La

désobéissance politique n'est pas donc nécessairement un incivisme. Il

existe parfois des devoirs civiques de désobéissance.

 

Parfois, les intérêts nationaux viennent obscurcir les relations entre les

peuples, au point de conduire à la guerre. Les crises économiques

lorsqu’elles sont perçues comme une opportunité par certains peuples

pour agresser les autres ou porter atteinte à leurs intérêts, alors les crises

conduisent aux guerres : penser à la première et la seconde guerre

mondiale ; penser également à la guerre contre l’Irak que les Etats-Unis et

leurs Alliés ont menée au nom de la sécurité et de la démocratie. En vérité,

c’est la défense des intérêts économiques et géostratégiques qui ont

vraiment motivées cette guerre. Si elle avait été sérieusement menée au

nom de la paix et de la démocratie, alors l’Irak devrait être en paix

aujourd’hui et vivrait en démocratie, ce qui est loin d’être le cas, comme

chacun le sait.

 

III.              Les caractéristiques des temps que nous vivons

 

Nous vivons à une époque de la mondialisation et de la globalisation. Le

monde n’a jamais été aussi petit; l’informatique et l’internet en ont fait un

grand village, un village global (global village), où ce qui est dit et écrit dans

une partie du monde est tout de suite entendu et lu dans une autre partie.

Les individus n’ont jamais été aussi interconnectés et interdépendants.

Dans ces conditions, il est nécessaire d’avoir des valeurs pour ne pas se

perdre.

 

Notre époque se caractérise par l’effacement, voire la disparition des

frontières, phénomènes qui résultent de l’internationalisation de

l’économie et d’accroissement de la division du travail avec les

spécialisations et leur cortège de licenciés et de chômeurs. Les spécificités

des sociétés sur le plan culture, social et politiques sont de plus en plus

menacées. On parle de plus en plus des citoyens du monde pour souligner

que les appartenances nationales n’ont plus de raison d’être. Vouloir

défendre les intérêts de son pays ou le pays où l’ont vit apparaît de plus

anachroniques aux yeux de certains.

 

Notre époque d’internationalisation croissante de l’économie se caractérise

également par des flux croissants des populations qui sont

continuellement en déplacement, Que ce soit pour des raisons

économiques, politiques ou autres, les populations du Sud tendent à se

concentrer au Nord. Les pays occidentaux et les économies occidentales

exercent un attrait toujours croissant sur les populations du pays du Sud.

Ainsi, nos sociétés sont de plus en plus hétérogènes aussi bien sur le plan

ethnique, culturel et religieux, et cette hétérogénéité posera de plus en plus

de problèmes de coexistence entre des populations différentes au sein

d’une même société. On parle de pluriculturalisme, de pluri-ethnisme, de

pluralisme religieux, autant de termes qui soulignent le fait que les sociétés

occidentales sont toujours plus diverses. Cette hétérogénéité constitue une

richesse, mais peut être un danger. Le risque qui guette les sociétés

occidentales, c’est celui des conflits interethniques, les conflits

interculturels ou interreligieux, qui peuvent conduire à des guerres civiles,

comme ceux qu’ont connu certaines sociétés à travers l’histoire. Là aussi le

civisme dans sa double dimension publique et privé peut être le moyen

d’éviter ou de réduire ce risque.

 

IV.             Le civisme est une valeur plus que jamais indispensable

 

Dans nos sociétés de plus en plus multiculturelles et multiethniques, il est

plus que jamais nécessaire d’inculquer et d’établir ou de rétablir dans nos

écoles l’enseignement du civisme, seul à même de favoriser l’entente de

tous quelle que soient les différences de conceptions, de croyances

religieuses, politiques et autres. Le civisme signifie la lutte contre le

dogmatisme et l’intolérance et la défense du pragmatisme. La vertu

citoyenne, l’amitié, la concorde, la promptitude à secourir l’autre, la

volonté d’intercéder pour lui, la sincérité et compassion, l’entraide

fraternelle, tous ces éléments qui constituent le civisme permettent de

maintenir et de promouvoir la paix et l’harmonie entre les individus. Pour

vivre en paix en dépit de leurs différences culturelle, ethnique, religieuses

ou autres, ils doivent partager les mêmes valeurs, celles du civisme.

 

V.               Les Francs Maçons et le civisme

 

Lors de son élévation à la Maîtrise, le Franc Maçon fait la promesse de se

consacrer à l’émancipation intellectuelle de l’humanité, à la liberté de

conscience, à la promotion de la paix au sein de sa patrie ou du pays où il

vit, mais également de la promotion de la paix entre les peuples et les

nations.

 

Chaque Franc Maçon doit travailler à son propre perfectionnement et

émancipation morale et spirituelle. Il doit répondre la Lumière autour de lui

et l’offrir à ceux qui sont prêts à la recevoir. Parce que par définition, il est

constructeur, il doit donc adopter une démarche constructive : dans tout

ce qu’il entreprend, il doit viser l’amélioration plutôt que la destruction. Il

a pour vocation d’œuvrer à la construction du Temple de l’humanité sans

relâche. C’est un effort quotidien et toujours renouvelé qu’il doit fournir

sans se décourager.

 

Dans les conflits opposant des personnes dans une société donnée, le

Franc Maçon s’efforcera d’exercer un rôle de médiation dans un esprit

loyal, de compassion, de justice et d’équité. Jamais il n’approuvera la

violence, la brutalité ni l’oppression. Il travaillera pour la liberté par les

moyens pacifiques et légaux. Il doit oeuvrer pour la défense de la liberté, la

sienne et celle des autres, pour l’Egalité et l’Equité ainsi que pour la

Fraternité. La devise Liberté, Egalité, Fraternité est une devise

républicaine ; elle est aussi celle de la Franc Maçonnerie universelle et

libérale.

 

Le Franc Maçon agira dans le respect du droit, conformément à la justice

et de manière droite. En agissant ainsi il doit être inspiré par le respect et la

compassion, voire l’amour du prochain et l’affection pour les autres. Bien

entendu, il agira en fonction d’une vérité momentanée et provisoire. Il le

fera en usant de la règle, de l’Equerre et du compas. Il agira également,

éclairé par les trois Lumières : sagesse, force et beauté qui inspireront son

action et lui donneront des raisons d’agir et de persévérer en dépit des

hostilités qui ne sont qu’autant d’épreuves dont il doit triompher. Raison,

intelligence, sensibilité, ce sont ces dispositions qui permettent au Franc

Maçon d’être un Bon Maçon et nécessairement un bon citoyen.

 

Œuvrant dans une société ouverte et libre, il ne doit pas oublier que toute

société ouverte a ses ennemis ou du moins ses adversaires. Le Maître

Maçon n’oubliera pas qu’à l’instar de ceux qui ont tué Maître Hiram les

esprits du mal ne connaissent pas la trêve et qu’il est nécessaire de se

prémunir, et que la société se prémunisse contre leurs attaques qui peuvent

être parfois sournoises. Il ne doit pas hésiter à prendre des risques pour

défendre une société libre et ouverte et faire tout ce qu’il peut pour la

pérennité de la société, dans la paix et dans le respect du droit. Bien qu’il

oeuvre pour la liberté et la tolérance, il doit cependant veiller à démasquer

ceux qui agissent contre la société ouverte.

 

A la question posée, je réponds donc que le civisme est une valeur qui

n’est pas dépassée. L’exigence du vivre ensemble et la nécessité pour

chacun de partager la responsabilité commune de la société impliquent

une culture citoyenne et une conduite respectueuse de soi et des autres,

c’est le sens du civisme. Ceci est d’autant plus vrai que nous vivons et

nous seront appelés à vivre dans des sociétés toujours plus hétérogènes et

potentiellement conflictuelles. Si la diversité est une richesse, elle peut être

aussi un risque mortel pour des sociétés dont l’organisation, le système

juridique et la culture politique, ne sont pas en adéquation.

Le civisme et la culture d’une tolérance exigeante sont les moyens de

réduire les risques de conflits violents dans les sociétés plurielles, c’est

pour cette raison que le civisme est une valeur sûre. De par l’initiation et

l’utilisation des outils maçonniques et symboliques, le Franc Maçon plus

que tout autre personne est appelé à incarner le civisme et à le promouvoir,

surtout dans les temps difficiles de transition que nous connaissons.

 

                                                                                               

                                                                                                                                              

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Dernière modification : 04 October 2014